Autrefois la Tranche

Autrefois la Tranche

Le combat du navire "La Seine"

Le combat du navire « La Seine » les 29 et 30 juin 1798 (11 et 12 messidor an VI)

 

Ce vaisseau fût armé en flûte (1) en vue de la Campagne dite : Station Ile de France. 250 passagers et 450 hommes du régiment de Pondichéry.

La frégate "La Seine" avait été envoyée dans la mer des Indes en 1796. Le 6 avril 1798, le commandement en était confié au lieutenant de vaisseau Julien BIGOT avec l'ordre de rapatrier en France 400 personnes. L'équipage de "La Seine" fut donc réduit à 200 marins (au lieu de 300 en temps normal) ce qui donnait 610 hommes à bord. La frégate fit une heureuse traversée après avoir passé  par l’ « Ile de France » actuelle île Maurice. Après 84 jours de voyage, à l'aube du 29 juin, les vigies crièrent "terre" mais hélas presqu'aussitôt "voiles à l'horizon". Plusieurs bâtiments anglais coupaient la route de "la Seine" à Belle île et la forcent vers l’île d’Yeu puis dans le Pertuis breton à la pointe du Grouin du cou à la Tranche sur mer.

Le combat était inévitable et inégal, il fut extrêmement violent.

Le 11 messidor durant toute la nuit (11-12 Messidor An VI) un combat acharné oppose la SEINE à une division anglaise (Commodore Stirling) composée de trois frégates (JASON, PIQUE et MERMAID) d'un cotre, d'un lougre et d'une corvette La Babet, à la Pointe du Grouin où les 4 frégates s’échouent, la mer étant basse, tout en continuant de se mitrailler.

Une autre division anglaise (Commodore Durham) venant de l'île d'Yeu composée d'un vaisseau rasé (le Anson) (2) et de trois frégates (Son Fiorenzo, Triton et Phaëton)  se mit à canonner la Seine mais de loin craignant de s'échouer aussi.

 

Son équipage décimé, la SEINE doit amener son pavillon, après avoir coulé le HMS PIQUE et endommagé gravement le JASON. La MERMAID entra alors dans le combat mais s'échoua aussi. 

La SEINE était alors démâtée de tous ses mâts, sans gouvernail, ses poudres noyées avec neuf pieds d'eau dans la  cale, toute sa batterie démontée excepté 2 pièces de 18 et une de 8, plus de 400 hommes tués ou hors de combat.

Cette belle frégate qui la veille encore, présentait l'aspect le plus animé et portait avec orgueil les couleurs françaises, n'offrait plus alors aux yeux de ceux qui l'avaient si bravement défendue, que l'image de la destruction : criblée de toutes parts de boulets et de mitraille, son pont teint de sang et jonché de débris humains, des fragments de mâture et de gréement recouvrant en partie des têtes, des bras, des jambes et des troncs d'hommes ; toutes les embarcations étaient en pièces.

 

Quant au capitaine BIGOT, blessé, ses vêtements et son chapeau criblés de balles et de mitraille, se voyant submergé par le nombre d'ennemis et jugeant que toute résistance était désormais inutile et impossible avec un navire échoué et dans un tel état, ne pouvant rien faire pour sauver à terre le reste de son équipage (toutes les embarcations de "La Seine" avaient été pulvérisées par la mitraille) dût se résoudre, la mort dans l'âme, à amener son pavillon et à cesser le combat, vers 3 heures du matin, après 10 heures de lutte effroyable.

 

La MERMAID réussit à se dégager seule mais c'est avec beaucoup de difficultés que Le JASON et La SEINE ont pu être renflouées.

Les Anglais reviennent à deux fois pour brûler les restes de La PIQUE. La SEINE très endommagée fut remise à flot en jetant tous ses canons à la mer, puis ils l'emmènent à la remorque jusqu’à Portsmouth. 

Au bruit du combat, le général Travot se rend en personne à La Tranche.

 

Quelques années plus tard, une forte tempête drossa à la côte une partie de la coque de la Pique avec plusieurs canons. La quille et les autres canons doivent toujours être au fond.

 

Devenue HMS SEINE, elle subit un carénage à Chatham Dockyard dans le Kent (GB) entre Juin et Juillet 1803; ses plans furent copiés. Peu après son retour en service elle s'échoua sur un banc de sable au nord de Terschelling (île néerlandaise) , le 21 Juillet 1803. Les pilotes avaient assuré le capitaine Milne que sa position était sûre. Quarante minutes plus tard, elle talonnait le banc de sable. L'équipage a travaillé jusqu'au petit matin, avec l'aide de deux navires marchands pour la déséchouer, mais en vain. A 11h30 l'équipage abandonne la frégate et mettent le feu. Une cour martiale réunie le 4 août 1803, a honorablement acquitté le capitaine Milne, ses officiers et l'équipage de la perte du navire. Toutefois, elle a constaté la culpabilité des pilotes et les a condamnés à être privés de tous salaires pendant deux ans et emprisonné pour deux ans.

 

Julien Gabriel BIGOT de la Robillardière, le commandant héroïque de "La Seine" est né le 4 avril 1761 à Villaines-la-Juhel (Mayenne) et décédé le 15 mars 1817 à Brest.

 

 

Blessé en plusieurs endroits et la jambe fracassée (il restera handicapé toute sa vie) il fut emmené en captivité en Angleterre et soigné par un chirurgien anglais. Il est emprisonné pendant trois mois à bord du ponton "Le Prothée".

Bientôt libéré, "en égard au courage malheureux", le capitaine Bigot, qui commandait " La Seine" est accueilli triomphalement en France. Le Directoire le cite à l’ordre de la Nation et lui offre des armes d’honneur (*), après qu’un Conseil de Guerre l’ait blanchi de toute responsabilité dans la perte de son navire.

(*) Ces armes d'honneur étaient constituées d'un sabre avec son fourreau, d'un fusil et d'une paire de pistolets (volés par les Allemands)

 

A l’occasion du bicentenaire de cette bataille, la commune de La Tranche a honoré le capitaine Bigot en lui donnant le nom d’une place près de pavillon de l’Aunis ainsi qu’une stèle à la mémoire de ce combat près du phare du Grouin du cou (Place du 12 messidor An VI).

 

 

 

(1) Le terme flûte désigne un navire de guerre  armé spécialement pour le transport de troupes  de 600 à 1500 tonneaux ou pour la logistique (bâtiment-magasin ou hopitaux)

Ce terme sera remplacé par « Corvette de charge » au 19è siècle.

 

2)  Vaisseau Rasé ou Cut down ship  est un vaisseau à deux ponts dont on a coupé ou rasé la batterie supérieure, il n’a donc plus qu’une batterie couverte, il est donc moins lourd dans les hauts, et il acquiert des qualités nautiques dont il était dépourvu.

 

L'ancre de la Pique, patrimoine communal :

 

Sur le site même de la bataille, un groupe de plongeurs locaux s'est passionné pour la frégate. En mai 2009, une expédition a permis de récupérer un véritable trésor d'archéologie maritime. À l'aide de six parachutes de levage, d'une capacité de cinq tonnes, gonflés à l'aide de bouteilles de plongée, une ancre, vraisemblablement celle de la Pique, a été ramenée au jour. Elle trône désormais à l'entrée de la zone du Maupas, à La Tranche-sur-Mer.

 

 

 

 



07/04/2019
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