Autrefois la Tranche

Autrefois la Tranche

Contes et légendes


La légende de Bélesbat

La légende ou la punition de Bélesbat

 

 

Longtemps dénudées et arides les dunes qui bordent la côte entre Jard et La Tranche, sont aujourd’hui plantées de magnifiques pins maritimes. La vigne elle-même  y prospère, toujours vivace sous l’influence du bon air salin grâce auquel elle se rit de ce maudit phylloxéra qui, dans l’intérieur des terres a successivement dévasté les meilleurs fiefs du Bas-Poitou, notre actuelle Vendée.

 

Le petit vin issu de cette vigne est appelé bidrouillet  sur la côte de Jard.

 

On a trouvé jadis dans le sable, paraissant enfouis depuis des siècles, des tas de débris de toute sorte en morceaux : flèches, tuiles, ferraille, vases  et pots de toutes les formes et de toutes les grandeurs et de couleurs.

 

Une vieille tradition locale en dehors de toute recherche historique dit ceci :

 

Autrefois il y avait une ville et même une grande ville. Comme un peu toutes les grandes villes, celle-ci était un lieu de plaisir, et c’est pourquoi on l’appelait Bélesbat, nom que porte aujourd’hui l’emplacement où on a trouvé tous les débris.

 

Lieu de plaisir est impropre ; lieu de débauches serait plus exact.

 

Jour et nuit, d’un bout à l’autre de l’année, ce n’était dans cette ville qu’une suite d’orgies ininterrompues, où les participants se livraient à des crimes contre nature dont l’idée seule ferait frémir.

On s’en doutait bien un peu dans le pays mais on ne pouvait rien affirmer de précis.

 

Cette ville était habitée par des étrangers venus un beau matin on ne savait d’où et qui, une fois installés, s’étaient entourés de murs énormes, percés d’une seule porte donnant sur la mer et toujours fermée.

 

Un seul habitant du pays avait la faveur de pénétrer dans cette ville mystérieuse. C’était  un brave menuisier. Il était si compétent que les habitants de la ville lui confiaient leurs réparations un peu compliquées.

Deux hommes masqués sortaient alors des remparts et allaient droit à la cabane du menuisier, lui bandaient les yeux et le conduisaient par la main jusqu’au logement dans lequel il devait travailler. Là, on lui enlevait son bandeau et il se mettait à l’ouvrage sous la surveillance d’un gardien masqué, comme les autres qui l’ont conduit.

Le travail fini, l’ouvrier recevait une pièce d’or pour salaire, puis on lui bandait de nouveau les yeux et on le conduisait jusqu’à la porte de la ville qui s’ouvrait pour lui laisser passage et se refermait aussitôt derrière lui.

 

Un jour que notre homme ait été réquisitionné pour une réparation dans une maison de la ville, son gardien le voyant tout entier au travail, crut pouvoir sortir quelques instants.

Entraîné par la curiosité,  le menuisier, intrigué par une énorme porte entrebâillée par hasard, la poussa d’une main. Aussitôt il recula d’horreur tellement le spectacle était épouvantable ...

La porte qu’il venait de pousser donnait dans une immense salle où se trouvaient entassés en ignobles pyramides des cadavres encore tout sanglants !  Puis sur les dalles, au plafond, sur les murs étaient fixés des bras, des jambes, des têtes, des pieds et des mains, des langues, des troncs...

Ils étaient disposés en forme de guirlandes, de couronnes, de fleurs et de caricatures toute plus monstrueuses les unes que les autres !

Le menuisier, honnête homme et débrouillard, sut tout de suite ce qu’il devait faire.

Il repoussa la porte et, s’adressant au gardien qui venait de rentrer :

-Je ne peux continuer mon travail car il me faudrait un outil que je n’ai pas apporté. Mais je reviendrai demain.

Sans défiance aucune,  le gardien lui banda les yeux et le conduisit comme à l’ordinaire jusqu’à la porte de la ville.

 

 

Dès qu’il fut dehors, le menuisier se mit à courir à perdre haleine jusqu’à la demeure du chef druide de la tribu (il appartenait à une des nombreuses peuplades gauloises de la contrée)

A peine notre homme eut-il décrit à son chef l’affreux spectacle qu’il avait vu, que le prêtre gaulois, rempli d’horreur et d’indignation, saisit la corne qui lui servait à appeler ses fidèles, s’en alla le long de la côte en soufflant  à pleins poumons.

A ce signal bien connu, toute la peuplade s’empressa d’accourir et se rassembla autour de lui.

Devant tout le monde et sur l’ordre du prêtre, le menuisier fit alors le récit de ce qu’il avait vu. Un long cri d’indignation s’éleva aussitôt du sein de l’assemblée et, séance tenante, il fut décidé qu’on profiterait de la nuit prochaine justement sans lune, pour surprendre la ville, à la faveur de l’obscurité et punir les monstres  qui l’habitaient.

Ainsi fut fait. A l’heure de minuit, les murs de la ville furent escaladés sans bruit à l’aide de longues échelles. La peuplade envahit la ville et surprit les habitants au milieu de leurs orgies et les massacra tous jusqu’au dernier.

Mais ce n’est pas tout, il était dit que la ville devait disparaître comme ses infâmes habitants...

 

Le druide se retira alors un peu à l’intérieur des terres suivi de toute la peuplade, puis il se mit en prière en s’adressant aux dieux vengeurs.

L’invocation à peine terminée, on entendit tout à coup un bruit épouvantable : c’était la mer qui envahissait la ville de corruption.

Le lendemain, au lever de l’aurore, l’océan s’était retiré, mais à la place de la cité, il n’y avait qu’une énorme dune de sable.

Voilà sans doute pourquoi on retrouve tant de débris aux formes bizarres en fouillant à l’emplacement de ce qui porte aujourd’hui le nom de la plage de Belesbat à Saint Vincent sur Jard.

 

Clemenceau a donné le nom de Bélébat ou Bélesbat à sa « bicoque » de Saint Vincent devenue aujourd’hui musée Clémenceau.

 

 

 

 

 

 

Il existe de nombreuses variantes de cette légende avec d’autres personnages ou en d’autres temps.

 

Cette légende fait partie des villes englouties comme Ys ou Herbauges.

 

 

Merci à Chouchou pour m’avoir inspiré pour redécouvrir cette légende. JPB

 


06/09/2019
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La bête d'Angles

La bête d'Angles

 

L’ours qui mange la beauté des filles d’Angles (Vendée)

 

Le vallon du Troussepoil, en Vendée, était anciennement le repaire d’une grosse bête noire à long poil, faite comme un ours, qui ravageait le pays à plusieurs lieues à la ronde en faisant ample consommation préférentiellement de filles mais également de garçons en âge de se marier : consternés, les habitants implorèrent toutes les puissances pour être délivrés d’un si grand fléau.

 

Il y avait, vers le XIIIe siècle, un ours qui sortait tous les jours de la mer pour venir déjeuner en terre ferme. Son aspect était affreux, naturellement, son appétit formidable et son goût raffiné. Il mangeait uniquement les jeunes garçons et les jeunes filles en âge de se marier. Ce qui désola nombre de fiancés, vous le devinez sans peine. Il avait même une préférence pour les jeunes filles. La terreur régnait à plus de six lieues à la ronde : les filles disparaissaient les unes après les autres, et les garçons, désolés, étaient obligés d’aller chercher femme dans le haut-pays du bocage.

 

Les parents se plaignaient de cette malebête, et se lamentaient, et ne faisaient guère autre chose, si ce n’est de montrer, de loin, le lieu où l’animal abordait chaque matin, où il traînait sa victime, la dépeçait, puis prenait l’eau. Ce lieu, ils l’avaient nommé Troussepoil, parce que l’ours, arrivant du large, ballotté par les vagues, offrait à peine figure d’ours, tant sa fourrure était hirsute. L’attaquer là, personne n’osait. Et ce n’était qu’un cri de douleur, dans les fermes de la contrée : « Qui nous délivrera ? »

 

Ours d\\\'AnglesOurs d'Angles

 

 

Ils pensèrent, non sans raison, qu’une bête à l’apparence si peu commune, ours malfaisant ou créature démoniaque, de goûts si pervertis, n’appartenait point à une espèce régulière, et serait plus facilement vaincue par la prière des saints que par la force des hommes. Tous les riverains de l’Océan, depuis l’embouchure du Lay jusqu’à celle de la Sèvre niortaise, se mirent donc à chercher un saint qui brisât la puissance de l’ours.

 

Mais déjà les saints étaient rares. Même en ce siècle de foi, la perfection véritable ne courait pas les campagnes du Bas-Poitou, et ceux qui faisaient profession de la pratiquer n’en possédaient souvent qu’une parcelle, ce qui ne suffit pas, chacun le sait, pour aller loin dans la voie des oeuvres.

Le curé d’Angles premier invité, n’eut pas plus tôt aperçu l’ours, sur la plage, qu’il reconnut sans peu de mérite à la grande peur qu’il éprouva : « Je suis indigne, s’écria-t-il en fuyant, et j’ai compris, aux yeux de la bête, qu’il fallait un autre homme que moi pour la vaincre. »

 

Les curés voisins n’eurent pas plus de chance. L’ours leur galopait sus, et ils n’y revenaient pas. On s’adressa ainsi à l’abbé de Fontaines, mais celui-ci échoua « pour avoir bu quatre chopines de vin passé minuit». L’abbé de Talmont, qui vint à son tour, échoua également, « pour avoir cassé la tête à un paysan qui lui barrait son chemin». Le légat du pape lui-même, en ce moment en tournée, fut supplié d’intervenir, et, bien qu’il eût jeûné, n’obtînt pas un meilleur succès, ayant commis le matin même un gros péché : il avait embrassé une fille.

 

Dans cette extrémité, comme les jeunes filles, une à une, étaient emportées par le monstre, et qu’on trouvait, presque chaque matin, sur le chemin du Troussepoil, une petite coiffe blanche, déchirée et ensanglantée, accrochée aux buissons, les anciens songèrent à un très vieux moine abbé du monastère d’Angles du nom de Martin, qui vivait si retiré qu’on ne savait plus la couleur de son regard. Il s’émerveilla du récit qu’on lui fit, et promit de redoubler d’austérités, trois jours durant, après quoi il irait à la rencontre de l’ours.

 

Le quatrième jour, en effet, il sortit de son abbaye, n’ayant en main que sa crosse de bois verni, non pour arme — car il était brisé par l’âge —, mais comme symbole d’autorité. Et il marcha, priant. Et l’ours, qui abordait en ce moment le rivage, encore tout couvert d’écume, après l’avoir considéré, sentit la puissance d’une vie sans reproche. Ils se reconnurent l’un et l’autre pour ce qu’ils étaient vraiment : un démon de l’enfer et un saint qui achevait son épreuve terrestre. « Viens ! » dit l’abbé.

L’ours le suivit, comme un chien attaché aux talons de son maître. Celui-ci ne se retournait pas . Le souffle bruyant de la bête, qui couchait les blés aux deux rebords du chemin, n’effleurait même pas la tunique de l’homme, qui restait droite et digne dans ses plis. Le peuple s’enfuyait. Lorsqu’ils furent devant l’église du bourg, qu’on finissait de bâtir, l’abbé commanda : « Ours de la mer, monte au clocher ! »

La bête, lentement, comme ceux qui obéissent à la force, commença de grimper sur la façade. Arrivée au toit elle tourna la tête, pour demander grâce. L’abbé qui n’aimait pas perdre ses mots, leva sa crosse, et l’ours embrassa les assises de la tour et monta plus haut. Quelques paysans se rapprochèrent. On vit les filles surtout, les filles dont la bête n’avait pas encore voulu, se faufiler, curieuses, dans les jardins voisins. Deux ou trois se risquèrent sur la place, puis cinq, puis six, puis toute une couronne, tandis que leur ennemi enveloppant les dernières pierres de la flèche de ses pattes velues, se dressait tout là-haut à califourchon au pied de la croix. On crut voir des larmes couler de ses yeux qu’il abaissait.

 

Ces larmes d’ours ne touchèrent personne. L’abbé n’en fut pas dupe. Il étendit la main et dit, en regardant d’abord les filles d’Angles et ensuite le monstre : « Ours de la mer, au nom du Dieu puissant, tu ne vivras plus que de la beauté des filles d’Angles. » Elles étaient toutes laides : c’était la mort. La bête fut de suite changée en pierre.

A cet instant, les visages aux traits fins des filles du pays se durcirent. Elles perdirent leur charme.

Mais ceci ne dura pas car les galants prièrent Dieu et l'abbé Martin de changer la sentance et de ne nourrir l'ours que de la beauté des filles volages.

Désormais les filles d’Angles respirent et les galants sont nombreux, cette nouvelle sentance étant pour eux une bonne garantie de fidélité.

Et ainsi s’explique la présence d’un ours à la pointe du clocher. Les raisons, paraît-il, lui manquent encore pour rouvrir les yeux.

 

Ours de la bête d\\\'Angles

La bête d'Angles

 

 

D’après une version de cette légende, l’ours d’Angles serait une des victimes de la Chasse-Gallery.

Le seigneur Gallery était sans pitié pour le paysan, et il profanait ouvertement le jour du Seigneur. Un dimanche, à l’heure de la grand’messe, avec ses chiens, il lance un cerf, malgré les remontrances de sa famille et de son curé. Forcé par la meute, le cerf se réfugie au moment du Sanctus dans une grotte habitée par un ermite ; celui-ci défend son hôte et refuse de le livrer à Gallery.

Il fait plus, il le menace de la vengeance céleste si, à cette heure sainte et solennelle, il ne fléchit pas les genoux pour réparer sa faute, en adorant son Créateur ; Gallery méprise l’avertissement que lui donne le ciel, il veut continuer sa chasse scandaleuse, mais la justice divine l’attendait là. « Va, Gallery, lui crie le pieux anachorète, va, et poursuis le cerf, le Tout-Puissant te condamne à le chasser toujours du coucher du soleil à son lever. »

 

Depuis lors, Gallery chasse toutes les nuits, tantôt sur la terre et tantôt dans la région des nuages. La chasse est ouverte par le cerf, suivi de la meute et du piqueur qui crie taïaut ! taïaut ! taïaut ! Un homme de Saint-Sornin (Charente-Maritime) l’entendit un soir passer. « Gallery, s’écria-t-il, avec un air incrédule et moqueur, je me mets de part avec toi, tu m’apporteras la moitié de ta chasse, allons, à demain matin ; en attendant fais bien ton devoir. » Quel ne fut pas son effroi, lorsqu’à l’aube du jour, il trouva à sa porte la moitié du cadavre d’une femme tuée par la bête pharamine (être noir et hideux qui se repaît de serpents et-de crapauds). Il se tint pour averti et n’insulta plus Gallery dont le triste sort est de brûler le jour dans les enfers, et de combattre la nuit les Turcs ou les Anglais, les ogres ou les ours.

 

Eglise d\\\'AnglesEglise d'Angles

 

 

Source internet : "La France pittoresque"-internet


23/08/2019
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La légende de La Tranche

La légende de La Tranche par l'Abbé du Bernard Ferdinand Baudry - 1862

 

 

La Tranche n’était primitivement assise que sur l’extrémité de la langue de terre mentionnée à l’article de Longeville, laquelle était baignée par deux mers.

Aujourd’hui, la langue de terre, couverte de sable, se trouve enclavée entre un marais fertile au nord et l’océan qui l’a plus d’une fois submergée au sud. L’emplacement de l’église Saint Nicolas où Savary de Mauléon fit bénir son mariage au commencement du XIIIe  siècle, d’après une charte dont l’original existe aux archives de Napoléon-Vendée, est actuellement à un kilomètre en mer. (1)(2)

 

La Tranche dans ces conditions n’a pu conserver de monuments celtiques ; elle n’a gardé que les traditions qui sont un écho affaibli des croyances païennes.

On y parle d’un célèbre sorcier qui, après avoir cueilli un peu de mousse à minuit, à la porte du cimetière, était emporté comme un éclair à l’île de Ré, monté sur un cheval  blanc (3). Il revenait dans le même équipage et avec une telle rapidité qu’il ne faisait qu’effleurer l’onde amère, et que les arbres du continent s’inclinaient ou se brisaient à l’approche du coursier.

Les sorciers tiennent le sabbat sur les bords de la mer à l’anse dite « Coin du Maupas », et se mettent en communication avec ceux de l’île de Ré. Ils le tiennent aussi à la croisée des « Bourbes » entre le bourg et le village de La Terrière.

Un marchand de lunettes de la Gascogne, passant par là à l’heure de minuit fut témoin de ce spectacle. Blotti dans un bouquet de verdure que l’on montre encore, il fut forcé d’attendre le retour de la lumière pour continuer sa route. Arrivé au chef-lieu, quel ne fut pas son étonnement, lorsqu’il entendit  deux enfants s’écrier à son aspect : « Ah ! Voilà l’homme que nous avons vu cette nuit au sabbat ! »

 

A la Tranche, les enfants sont admis au sabbat ; mais il faut pour cela, qu’à l’heure dite, ils s’écorchent la main avec leurs ongles et qu’ils fassent couler le sang. En d’autres pays, on doit s’oindre avec de la graisse d’enfant. Deux jeunes gens, entraînés par leurs camarades, que le sabbat est une réunion monstrueuse d’hommes et de bêtes qui dansent, qui  folâtrent  et poussent des cris à faire dresser les cheveux sur le tête. L’un d’eux, âgé seulement de quatorze ans, couchant au temps de la moisson dans une grange de la commune du Bernard, avec des glaneuses de La Tranche, avouait un matin, au retour d’un sabbat qui l’avait horriblement fatigué, que le malin esprit l’avait précédé, comme de coutume et,  qu’avant les danses et le repas, tous les initiés lui avaient embrassé le derrière. Tous les livres écrits depuis trois siècles sur le sabbat nous parlent de cet hommage rendu au président qui prend, d’habitude, la forme d’un bouc.

L’origine du sabbat est très ancienne. Les uns la font remonter jusqu’à un certain Sanasius, disciple d’Orphée, qui lui aurait donné son nom. La source de ces orgies, suivant les autres, à pris naissance dans les bacchanales où l’on invoquait Bacchus en criant « Saboé ». Plusieurs prétendent  qu’il tire son nom du sabbat des juifs, et cela avec d’autan plus de raison, qu’il a lieu les nuits qui précèdent le jeudi et le samedi, et que l’on voit plus d’un juif dans l’histoire de la sorcellerie, condamné à être pendu par suite de sabbats nocturnes, où l’on perçait des hosties et où l’on immolait les petits enfants.

 

Un dernier mot sur La Tranche ; il est impossible de calculer le nombre d’êtres, même inanimés, sur lesquels les sorciers ont jeté des sorts. Nous n’en citerons qu’un exemple : le devin, pour guérir une femme malade, avait appliqué sur sa poitrine, un certain nombre de feuilles de sabine (4) avec ordre de les brûler, à onze heures du soir, dans la cheminée avec une branche de sarment ; au moment  où s’accomplissaient cette mystérieuse opération, les portes fermées à double verrou, un cousin, qui passait pour sorcier, apparaît soudain au milieu de l’appartement. Mal accueilli par la pauvre malade, il prend le fusil du mari, sort à la porte, le décharge en plein air, le retourne à sa place et disparait. Le fusil, ensorcelé, n’a jamais pu fonctionner depuis. Il a fallu le briser en morceaux et en vendre les débris. Le maître du fusil, âgé alors qu’il est de 86 ans, disait à son curé en lui racontant cette histoire : « Mon bon Monsieur le Curé, j’aime bien le Bon Dieu, et je dis tous les jours le chapelet pour le salut de mon âme, mais s’il est défendu de croire aux sorciers, je n’irai jamais dans le paradis. »

 

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  • (1) - On raconte, à l’occasion de la submersion de La Tranche, qu’un homme de cette localité ayant refusé de condescendre aux désirs coupables de la dame du château de Moricq, dont il était le tenancier, fut averti en songe la nuit suivante , en récompense de sa vertu, du malheur qui allait fondre sur La Tranche et qu’il n’eut que le temps nécessaire de prévenir son curé et de sauver avec lui le mobilier le plus précieux de l’église.
  • (2) - Cette légende est sans doute à la base de la croyance d’une église sur le rocher de l’Aunis dont aucune preuve n’atteste l’existence.
  • (3) - Cette anecdote n’est pas sans rappeler une autre légende : « Le cheval Malet »
  • (4) - Sabine : génévrier rampant dont on utilisait les feuilles très toxiques dans la pharmacopée ou pour des utilisations moins avouables.

 

NB : la plupart des contes vendéens sont avant tout moralisateurs. Il apparait que, presque toujours, la croyance et la réalité sont deux choses bien différentes.

 

Archives départementales 85  -Abbé du Bernard  Ferdinand Baudry- Antiquités celtiques de la Vendée - 1862

 


31/03/2019
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La chapelle sainte Anne de Jard sur mer

La chapelle sainte Anne de Jard sur mer:

 

 

Une légende se rapporte à la construction d’une chapelle dédiée à sainte Anne sur la commune de Jard-sur-Mer, en Vendée, placée dans le bourg, presque à son extrémité ouest, et qui ne présente, en tant que monument ; rien de curieux. Sur une pierre placée au dessus du portail est gravée la date de 1652, probablement de l’achèvement complet de l’édifice...

 

Parmi les tableaux qui l’ornent intérieurement, deux méritent une mention pour leur ancienneté, leur étrangeté. L’un, sur autel, représente sainte Anne tendant l’Enfant Jésus à la sainte Vierge qui se recule comme frappée d’étonnement. Sainte Anne étant morte avant la naissance du Christ, cette scène semblerait une sorte de vision, de prédiction de l’Annonciation.

L’autre tableau montre, sur un tombeau ou autel, une sainte Anne visible à mi-corps. De chaque côté se voient des tombeaux, d’où sortent des mains levées vers le ciel, et surmontés, l’un d’un vase funéraire, l’autre d’une sainte ou de la sainte Vierge avec un enfant et une croix. Au dessus, planent trois têtes d’anges ; en dessous, apparaissent trois saints.

Par des actes notariés en date du 22 août 1650, des habitants de Jard s’engagent à subvenir aux frais de construction et d’entretien de la chapelle et donnent hypothèques sur leurs biens, avec approbation de Pierre, évêque de Luçon et du secrétaire Mgr Brochard. La bénédiction de la chapelle a eu lieu le 24 août 1650 par « nous, Aymé Dupleix, prêtre, bachelier en théologie de l’Université de Paris, recteur de Notre-Dame de Bon-Port des Sables et doyen de Talmont », l’abbé Godard étant curé de la paroisse de Jard (1617-1661). L’érection de cette chapelle avait été décidée à la suite d’un événement miraculeux.

 

Chapelle Sainte Anne de Jard sur mer

 

Sous les premières années du règne de Louis XIV, vivait à Jard une petite fille infirme nommée Anne. Si ses membres paralysés la rendaient un objet de pitié, son intelligence, sa douceur, la faisaient aimer de tous. Jamais, en voyant les fillettes de son âge jouer, danser ou aller joyeusement à la pêche sur la côte, jamais la comparaison entre son état et celui des autres ne lui avait inspiré un sentiment d’envie, de colère.

 

Tout au plus, un regret se glissait-il timidement dans son âme et couvrait parfois son joli et pâle visage d’une ombre de tristesse. Vite alors, elle se reprochait cette impression comme une offense envers la divine miséricorde de Dieu et elle se réfugiait dans la prière, la prière sainte, seule force des faibles, seul soutien des malheureux, seule consolation des affligés. Elle pensait à sa première communion, à laquelle la préparait le curé, à sa bienheureuse patronne, et le calme, la gaieté lui revenaient.

Ses parents, humbles cultivateurs, obligés de quitter la maison pour travailler aux champs, portaient leur fille, chaque fois que le temps était beau, au pied d’une barge. Là, assise contre le foin, elle se distrayait à voir passer les habitants du bourg, à répondre d’un sourire à leur bonjour amical. Mais son grand amusement était de parcourir des yeux ces espaces où son pied ne pouvait la mener.

 

Entre les magnifiques ormes qui couvraient alors cette partie de la campagne, elle apercevait la plaine verdoyante, les bois qui enveloppaient de leurs rameaux centenaires la Grange, demeure des puissants abbés de Lieu-Dieu et l’antique abbaye. Devant elle, s’étendaient les dunes cachant l’Océan, dont la voix éternelle s’élevait derrière ce rempart, tantôt terrible et menaçante, tantôt douce et harmonieuse. Ces mélodies emplissaient l’air, berçaient la contemplation mélancolique de l’enfant qui oubliant ses souffrances, son immobilité, croyait errer, légère comme l’oiseau, dans l’infini.

Un soir de ces brûlantes journées de la fin de juillet où tout se tait dans la nature, où la nappe argentée de la mer paraît une immense plaine de marbre, la fillette, fatiguée par la chaleur, perdue dans une de ses songeries habituelles, s’assoupit en murmurant une prière à sa patronne. Tout à coup elle se réveilla brusquement. On l’avait appelée. Pourtant, elle ne vit personne. Seul, un rayon de soleil, trouant l’épais feuillage des arbres, se projetait sur le sol en ardent cercle d’or.

— Anne, Anne, répéta une voix mystérieuse.

 

Et, en même temps, devant l’enfant surprise, mais non effrayée, se montra au milieu du rayon, une Dame d’un aspect vénérable, majestueux. Ses vêtements brillaient d’un éclat surnaturel, une auréole céleste entourait son visage imposant qui souriait avec bonté.

— Je suis ta patronne, mère de la Très Sainte Vierge Marie. Dis à tes parents de prévenir M. le curé que je veux avoir une chapelle à cette place.

En achevant ces mots, sainte Anne disparut, laissant la petite fille dans une pieuse extase. Ses parents ne firent que rire au récit, de cette apparition, et croyant à un rêve, ils continuèrent leurs travaux sans s’en préoccuper davantage.

 

Mais sainte Anne se montra de nouveau.

— Puisque tes parents n’ont pas fait ma commission, dit-elle, je te charge de ce soin, ma fille, et je récompenserai ta confiance en moi.

Prenant par la main la fillette, qui sentit une force inconnue pénétrer son être, elle l’amena jusqu’à la porte de la cure et s’évanouit dans les airs. Anne était guérie.

 

Article de : https://www.france-pittoresque.com/spip.php?article12220

 

 

 

 


29/07/2018
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La légende du Pont d'Yeu

La légende du Pont d’Yeu ou Pont du Diable

 

Sur la côte, un peu avant Notre-Dame-de-Monts, se découvre,  aux grandes marées, une longue chaussée rocailleuse. 

S'avançant dans la mer sur plusieurs kilomètres, sa largeur est d'environ cinquante mètres. Cette chaussée a pris le nom de Pont d'Yeu car elle fait face à l'île vendéenne d'Yeu.

Autrefois, les riverains la désignaient aussi sous le nom de Pont Saint Martin.

En voici la raison: 

 

Au Ve siècle St Martin fut l’apôtre de cette région du Bas-Poitou qu’on appelle aujourd’hui la Vendée. C’était un moine célèbre qu’on appelait Saint Martin de Vertou qui a évangélisé tout le marais breton.

Un jour, se promenant sur le rivage, Martin aperçoit l'île d'Yeu en face. Il se demande comment il pourrait y porter la parole du Christ.

Soudain, Satan surgit et lui propose - pour le tirer d'embarras - de construire une chaussée.

A quel prix ?' s'enquiert le saint. Le Diable lui répond:

'Vous me donnerez l'âme du premier être qui passera sur le pont'.

'Marché conclu, acquiesce Martin, mais à deux conditions : Pendant la durée du travail, tu ne tenteras personnes, et le pont devra être achevé avant le chant du coq'.

Le diable fait alors venir une foule d'êtres bizarres (diablotins, fradets, farfadets) qui commencent à s'affairer.

Mais comme les matériaux ne se trouvent pas sur place, une partie de l'équipe de travail va chercher des roches à Commequiers, Avrillé et ailleurs.

Pendant ce temps, Satan a l'idée d'enivrer les coqs afin qu'ils perdent la notion du temps et pour que le délai de construction puisse s'allonger.

En vain. Tout à coup, le chant du coq retentit; trop ivre, cet animal s'était trompé et avait pris la lune pour le soleil.

Aussitôt, une grande faiblesse s'empare des farfadets et des diablotins, qui se fondent dans la nuit.

Saint Martin s'approche du cornu en lui faisant remarquer, d'un ton ironique, qu'il a perdu son pari.

'Pas du tout rétorque le diable, le pont avance en mer et on peut marcher sur la chaussée. Par conséquent, le premier être à passer doit m'appartenir'

'Soit', dit Martin. Et, de son grand manteau, il tire un chat qu'il lance sur la chaussée.

Furieux de voir ce vieux compagnon de sabbat, Satan fonce sur la chaussée, cornes en avant, pour détruire les travaux.

Seule, une pierre glissa dans l'eau….

 

 

 

 

Le pont d'Yeu à Notre Dame de Monts qui attire beaucoup de pêcheurs à pied

 


05/05/2018
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Une légende de Vendée

Une légende de Vendée : L'église de Saint Paul-en-Pareds

 

 

Une Église de Vendée entièrement bâtie par une horde de farfadets ?

 

Contrairement à la coutume, l’église de Saint-Paul-en-Pareds se trouve avoir été construite à une distance assez éloignée du bourg, chef-lieu de la paroisse  (le village, du fait de son extension, a aujourd’hui « rejoint » l’église). Cette bizarrerie intrigua vivement les historiens du Bas-Poitou qui en vain cherchèrent et imaginèrent une explication, cependant que l’énigme se dissipait en interrogeant la tradition locale mentionnant l’œuvre de farfadets...


La paroisse de Saint-Paul-en-Pareds est d’origine plus récente que celles qui l’avoisinent : elle dépendait tout d’abord d’Ardelay. Cela durait depuis longtemps, lorsque les habitants du village de Saint-Paul, où l’agglomération se faisait de plus en plus considérable, résolurent d’avoir un curé à eux et une administration spirituelle indépendante.

Il leur fallut songer tout d’abord à construire une église. Chose facile d’ailleurs, car en ce temps-là la main-d’œuvre coûtait peu et, la foi aidant, on pouvait financer une petite cathédrale à bon compte. Tous les gens de Saint-Paul et des métairies voisines s’empressèrent de mettre la main à la pâte, et des charrois de bonne volonté eurent bientôt amené au village trois fois plus de pierres qu’il n’en fallait pour la construction projetée.

 

  

L’église de Saint-Paul-en-Pareds (Vendée)


Mais lorsque, le lendemain matin, les travailleurs arrivèrent au chantier, quelle ne fut pas leur stupéfaction en constatant qu’il ne restait plus trace de ce qu’ils avaient fait la veille ! À l’emplacement des fondations, le terrain était nivelé comme si on y avait passé le rouleau, et toutes les pierres avaient disparu. Aux exclamations poussées par les ouvriers, tout le village se trouva sur pied en un instant et accourut au chantier, où chacun put constater de ses yeux le prodige.Les fondations une fois creusées, tous les maçons du pays se mirent à l’œuvre ; les gros bonnets vinrent taper sur la première pierre et les travailleurs volontaires, mis en train par les libations liées à cette cérémonie, abattirent plus d’ouvrage, dès la première journée, que n’en pourraient accomplir en toute une semaine dix fois autant de nos ouvriers contemporains.

Les langues marchèrent bon train. Or, tandis qu’on s’évertuait, sans pouvoir y réussir, à trouver l’explication de ce mystérieux événement, arriva tout à coup un métayer des environs affirmant avoir vu en monceau, à un kilomètre de là, toutes les pierres amenées la veille au village de Saint-Paul. Tout le monde se transporta aussitôt à l’endroit indiqué, au nord-est du village, et, en effet, on aperçut les pierres en question, entassées les unes sur les autres.

Mais ce n’était pas tout : à quelques toises du tas, des fondations avaient été creusées, puis comblées, et des murs sortaient déjà de terre, juste d’après le plan de l’église projetée. Les gens de Saint-Paul étaient têtus : ils s’en furent chercher leurs charrettes et y chargèrent les pierres pour les ramener au village, où les ouvriers reprirent bravement leur œuvre de la veille.

Mais, le lendemain, c’était à recommencer : plus de pierres, plus de traces de fondations ! Les pierres étaient retournées là-bas, auprès de la construction mystérieuse, et celle-ci, pendant la nuit, s’était déjà élevée de plusieurs pieds.

 

Les farfadets. © Crédit illustration : Nicolaz Le Corre

Les habitants du village ne voulurent point encore se tenir pour battus, et recommencèrent leur manège de la veille. Mais comme à défaut de latin, ils se voyaient menacés d’en perdre la tête, ils s’embusquèrent à distance, le soir venu, afin de surprendre les ouvriers mystérieux qui leur jouaient un si vilain tour. Or, voici ce qu’ils virent et ce qu’ils racontèrent à leurs enfants, dont le témoignage s’est fidèlement transmis jusqu’à nous de génération en génération :

Sur le coup de dix heures, tous les farfadets du pays arrivèrent à la queue leu leu, chacun avec une hotte sur le dos. En un clin d’œil, toutes les hottes furent remplies de pierres et les lutins disparurent pour revenir, quelques instants après, continuer leur opération clandestine. Trois ou quatre tours leur suffirent. A minuit, comme il ne restait plus un seul moellon à enlever, les farfadets piétinèrent le sol et disparurent de nouveau. Les gens qui étaient à l’affût suivirent alors les mystérieux ouvriers jusqu’à leur propre chantier, où le travail de construction ne s’arrêta qu’au lever du jour.

Lutter contre les farfadets était impossible. Aussi les gens de Saint-Paul, ayant la sagesse de le comprendre, renoncèrent-ils au projet qu’ils avaient formé de posséder l’église au milieu du village, et laissèrent le champ libre à leurs concurrents. Ceux-ci, d’ailleurs, firent bien les choses ; car il paraît que la nouvelle église, terminée en moins de trois semaines, excita pendant longtemps la jalousie des paroissiens d’Ardelay, de Saint-Mars-la-Réorthe, et même de la ville des Herbiers.

 

(D’après « La Vendée historique », paru en 1903)

 


23/03/2018
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