Autrefois la Tranche

Autrefois la Tranche

Notre patois


Le train de plaisir

LE TRAIN DE PLAISIR POUR LES SABLES

 

                                      Patois                                                                 Français

 

 L'voésin Piérët de pi si luntan que le velé m'emmenaïe au Sabië me disi : « P'tit ga, dimanche vaïlle dun vouère do chouses admirabie ïa rin bé do piési prendrin le traenn de piési

Au p'tit mataenn, i partirin dan t'cho chemaenn de faïrr sarrés autant que do haren couchaï dan ine penère, assis treto do lun en avant é de r'chulun

Aussitou qu'iétian arrivaïe o nous falu déjunaïe

 I mangions le paenn, les û qu'iavions dan n'eute penaïe bouvions do vin bian por nous dounaïe de l’élan

Do coûté d'la piage, iavon su pu contampiaïe ia rivère. O l’avé do minde qui se trampian dine t'chète grinde barbotouère, do petits, do luns, do grous do jènes et do vius arrous

Tôt en pia din do canucins biu, bian, roge ou bé nère.  Le nigions dans l’aëve quème lé poéssins. Le fesiant mu d'ine manière, pareils à do grous quenets le s'carions san aguener

 

O fésé chaô ! y’aviun grand sa. Y'avons été boère dan do vères grands coumme do baccaïes. Le nous seurvions d'la bière oussi frède que d’la guia à nous g'lé lé godebellas !

Do bia mossiu qu'étian juchaïe bufîant din do piboles.  D'aote zigzougnant lu s'arché sounant do fariboles.  In fi d'vesse, mine de rin chacotté le t'chu d'in chaudrin

 

La goule aussi lardje qu'in boguet do vrai caricatures se gourmiant au bras de l’lur friuquet lé jou piènes de pinture les uss to charbounnaïe Le naïe et le mentin farinaïe

Quand y avons u la dale do cou bé come o faoue arrousaïe Yavons été chez !e tabatou nous achetaïe de quoué fumaïe Y mintin dans l’e tramvoué qu'alé au lin do rambiai

O l’èté ine drôle d'charaban qu'a pouet de minture qu'a pas d'cochet par d'vant qui fé pouet de vapur.  ïne corde qu'o y a en aôw Dgille su un grou fil d'archau

 

Y avons été si vite charayaïe aux pins de la Rudelère q'arrivin tôt émoyaïe au bout d'la dévalouère.  Le Casino qui remarquin

Por dix sous y entrin

 

Autour d'ine grand'tabië o yavé do gens qui se causiant  d'gère le r'ardiant tornaïe lé ch'vau maléts qui marchiant ventre à taère «  rin ne va pu » que le huchiant terrjou lé ch'vâu galopiant.

Le manège étét'el arrétaïe, le bauliant à pieine taéte « O lé le premé qu'a le mu trotaïe. Lé gagnants sont à la faête » Avec un p'tit raquiain le raballiant le picayain

Yavons badé bé trop lintemp.  Le souleil é pu haute ure. L' traenn qui li d'jamaïe n'atan s'in va quand o lé l’ure. Y laissin t'ché bavou. Y prenin no jimbes à nète cou

A la gare, y nous burquons

Le traeen subié en démaran avec le diabe au darère Y sin bé attrapaïe. Retournin ché nous avec no pé

Yavons marchaïe tote la ni por arrivaïe d' bonne ure sognaïe lé poules, le goret, préparaïe la minture

Ine aute foué qu'i rvédrin, prendrin n'ète viu charaban

 

Le voisin Pieret, depuis si longtemps qu'il voulait m'emmener aux Sables, il me dit : P'tit gars, dimanche, viens donc voir des choses admirables Nous aurons bien du plaisir. Nous prendrons le train de plaisir

De bon matin, nous partons dans ce chemin de fer, serrés autant que des harengs couchés dans une panière, tous assis droit en avant et en reculant  (en arrière)

Aussitôt arrivés, il nous a fallu déjeuner. Nous mangions le pain, les œufs que nous avions dans notre panier, buvions du vin blanc pour nous donner de l’éian

Du côté de la plage, nous avons contemplé le bord de la mer.  Il y avait du monde qui se trempait dans cette grande pataugeoire, des petits, des grands, des gros des jeunes et des vieux beaux

Tout en peau dans des caleçons bleus, blanc, rouges ou bien noirs, ils nageaient dans l'eau comme Les poissons. Ils faisaient plus d'une manière, pareils à des gros canards, ils plongeaient sans s’essouffler

Il faisait chaud ! Nous avions grand'soif. Nous avons bu dans des verres grands comme des baquets. Ils nous servirent de la bière aussi froide que de la glace, à nous geler les amygdales !

Des beaux messieurs sur une estrade soufflaient dans leur instrument. D'autres, activant leurs archets, jouaient des airs de chansons. Un quidam, mine de rien, martelait le cul d'un chaudron

La bouche aussi large qu'une pelle, de vraies caricatures s'exhibaient au bras de leur freluquet les joues pleines de peinture les sourcils tout charbonnés le nez et le menton farinés

Quand nous avons eu la dalle en pente, bien comme il faut arroser, nous sommes allés chez le marchand de tabac acheter de quoi fumer, nous montons dans le tramway qui circule le long du remblai

C'est un drôle de char à bancs qui n'a pas de monture qui n'a pas de cocher par devant qui ne fait pas de vapeur. Une corde qu'il y a en haut, - glisse sur un gros fil d'archet !

Nous avons été si vite transportés  aux pins de la Rudelière que nous arrivons tous émotionnés au bout de la descente. Le Casino  nous remarquons,

Pour dix sous nous y entrons.

 

Autour d'une grande table iî y avait des gens qui ne se causaient guère. Ils regardaient tourner des chevaux de bois qui marchaient ventre à terre :

 « Rien ne va plus » s'écriaient-ils, toujours les chevaux galopant

Le manège aussitôt arrêté, Ils beuglaient à pleins poumons « C'est le premier qui a le mieux trotté. Les gagnants sont de la fête ».  Avec un petit râteau lis récupéraient le picaillon

Nous avons traîné trop longtemps. L'heure baisse au soleil. Le train qui lui jamais n'attend s'en va quand il est l'heure. Nous laissons ces baveux et prenons nos jambes à notre cou

A la gare, nous nous cassons Le nez à la barrière Le train siffle en démarrant avec le diable au derrière. Nous sommes bien attrapés. Nous retournons chez nous à pied.

Nous marchons toute la nuit Pour arriver de bonne heure soigner les poules, le cochon préparer  la monture.

Une autre fois que nous reviendrons, nous prendrons notre vieux char à bancs

 

 


02/10/2018
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Notre patois : O faut pouêt ête zirous

 

O faut pouêt ête zirous.

 

O faut pouêt ête zirous.

Quant yétais jène, si on voyé quéq'un de bé sale et qu'été to jobrou, on dise d'même : « Sale comme l'aye, le fré zire à un goret ! »

Chez nous à la campagne, v'savez teurtou comment qu' o s'passe ? On fé la pessaïe aux gorets, on lave lé assiettes, lé quières et pis lé feurchettes, to t'chu dans Tmême baquaïe. Après tout, les baïtes, o lé comme le minde ....

Ole le Bon Diou qu'o a fé d'même pour teurtous.

Et pis, à la campagne, olé poué comme dans t'ché grandes villes .... A c'qu'on dit !

Portant ma y vas v'zo dire : hé bé, là aussi o faut pouêt ête zirous, o faut pouêt ête zirous

 

 

 

Dans lé boulangeries, dans t'ché établissements : lé souris à s'mussont peurto, dans t'ché établissements à crottant peurto dans la farine !

 

 

Le boulanger, li, le mélange tout çà ! Si un jour dessus vote table en mangeant t'cho bon pain, vous trouvez d'dans do p'tites boules nères qui vous sont indigestes .,hé bé, o lé un cadeau qu'vous avont fé t'ché petites baêtes !

 

Dans t'ché grandes villes, dans t'ché grands restaurants, lé t'chusinés, le s'en donnant à tour de bras pendant la saison estivale.

 

Le sont r'troussés jusqu'aux coudes, la sueur au front, la goutte au naïe tôt chu, o tombe dans l’piat, mélangé avec lu bouillon, tôt chu o fé d'la boune soupe ! Avec lu belle t'chulotte bianche, lu bia bounet bian, o l’en a qui disant : Comme t'ché gâ là fesont d'ia bounne t'chusine ! Ma y vas v'so dire comme yo pense : o faut pouêt ête zirous, o faut pouêt ête zirous ! ! !

 

T'nez, l'aute jour y m'en va vouère mon cousin Louis : l'été après tirer ses vaches, l'avé un tablier qu'été sale ... zirou jobrou de totes t'ché p'tites matières que fesont lé vaches avec lu darère. Le m'dit : yallons allé bouère un coup ! Y nous en allons à sa ciave.... Dessus une grousse barrique, o l'avé du verres … l'étiont nères, t'chulottaïe ...t'chulottaïe !

Savez-vous sc'la fé por lé nétier ? Hé bé y va v'so dire ... : L'a pris lé du verres pas propes ... L'a pris sin tablier zirou jobrou, et pis l'ié a essués avec ! Dame ! ve me contredirez si ve v'ié, mais bouère dans do verres de même..... o faut pouête ête zirous, o faut pouête ête zirous ! ! !

Il ne faut pas être dégoûté.

Quand j’étais jeune, si on voyait quelqu’un bien sale et qui était tout taché, on disait ainsi : « Sale comme il est, il ferait dégouter un cochon ! »

Chez nous à la campagne, vous savez tous comment ça se passe ? On fait la pâtée aux cochons, on lave les assiettes, les cuillères et puis les fourchettes, tout ça dans le même baquet (cuvette). Après tout, les bêtes c’est comme le monde…

C’est le Bon Dieu qui  les a fait tous.

Et puis, à la campagne, ce n’est pas comme dans ces grandes villes… A ce que l’on dit !

Pourtant, moi je vais vous le dire : Eh bien ! là aussi, il faut point être délicat il faut pas être dégouté.

 

Dans les boulangeries, dans ces établissements :

Les souris elles se cachent partout, dans ces établissements elles crottent partout dans la farine !

  

Le boulanger, lui, il mélange tout ça ! Si un jour sur votre table en mangeant ce bon pain, vous trouvez dedans des petites boules noires qui vous sont indigestes, eh bien ! c’est un cadeau que vous ont fait ces petites bêtes !

 

Dans ces grandes villes, dans ces grands restaurants, les cuisiniers se donnent beaucoup de mal pendant la saison estivale.

 

Ils sont retroussés jusqu’aux coudes, la sueur au front, la goutte au nez… tout ça, ça tombe dans le plat, mélangé avec leur bouillon, tout ça ça fait de la bonne soupe ! Avec leur belle culotte blanche, leur beau bonnet blanc, il y en a qui disent : comme ces gars là font de la bonne cuisine ! Moi, je vais vous le dire comme je le pense : il faut point être délicat, il faut pas être dégouté !!!

 

Tenez, l’autre jour, je m’en vais voir mon cousin Louis : il était en train de traire ses vaches, il avait un tablier qui était sale… dégoutant et taché de toutes ces petites matières que font les vaches avec leur derrière. Il me dit : nous allons boire un coup ! Nous nous en allons dans sa cave… Dessus une grosse barrique, il y avait deux verres… Ils étaient noirs, culottés… culottés !

Savez-vous ce qu’il a fait pour les nettoyer ? Eh bien ! je vais vous le dire… Il a pris les deux verres pas propres… il a pris son tablier dégoutant et taché et puis il les a essuyés avec ! Dame, vous me contredirez si vous voulez, mais boire dans des verres comme ça… Il faut pas être délicat, il faut pas être dégouté !!!

 

 


13/08/2018
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Le porte bonheur

Histoire en patois vendéen (traduite)

 

 

 

 

 

 

 

L’amour s’en vint l’amour s’en vâ

mâqu’étas gai comme un pinson

tcho djimanche sér, y m doutas pas

qu’a l’allet m’piaquer’la lison

y étas si content d’ouère ma poule

qu’y monta l’charreau en subiant

sitout qu’yai apeurçu sa goule

j’ai vu qu’a m’argardet pas bianc

mon tcheur battchit comme un tambour

en beurdeillant tchuques mots d’amour

 

a l’étet là dans la beurrouaie

y la trouvas : y sé pas k’ment,

tote assotchie tote égaraîe

avec dod eils tchi pirouettiant

j’ai djit lison ô l’a ren d’grave

t’en fé ine taîte en m’argardant

o djiret que l’djiabe é d’épave

ysé peurtant bé ton galant

oh! qu’a m’répond fé pas l’potin

y t’é changé peur ceulestin

 

peur célestin ! é t ô qu’té folle

lisette as tu bé réfléchi,

l’é vilain l’é dji comme ine grolle

tu vas poué prendr ‘tchett adlesi

y djis pas qu’ l’a pas dos bouéss, laies

mais é pas tcheu qui fé l’bourhur

tu s’ras poué longtemps la mariaîe

le t’en f’ra ouère totes les coulurs

pis, l’é meuchant comme un viux bouc

mouvais pésan l’é teurjou souc

 

tése te qu’a m’djit, y é mon idaîe

é pas la peine de t’démaler

t’as p’t’être la goûle bien affilaîe

mais t’é jamais qu’un pauv, vâlet

y é tourné l’ tchû à ma beurgère

pisqu’enteur nous étet figni

et j’m’en allas vers la barrére

le tcheur bé grous, tot à châp’tit

lquant a m a crié atten ssian !

étet trop tard j’avas l’pied d’dans

o l’etet motté dans la cheître

a l’abri d’ine grousse penne d’éjan

avour qu’lés vaches alliant poué paître

tchuque chouse qui sentet poué à ban

abandounné en pienne nature

sans doute peur un pésan do coin

tchavet abusé d’la fréssure

tcho résultat d’un grand besoin

comme j’avas mal ouvert lés eils

o m’a monté à la cheveuille

o guenasset danstchés fougères

ou y éssuas mon souillre veurnis

 

a m’saignant l’tcheur totes tchés misères

mais : la fi d’vesse a l’en a ri

quant a m’a djit qu’ô portet chance

etet ô peur se fout, da mâ

e pas ésé d’avouère confiance

y s’rais do genre à saint Thomas

y avas déjà vu tchô gâchis

o m’avet jamais enrichi

 

tchô port, bounhur imaginéré

y en ai parlé à nout tchuré

le m’a répond : faut pas y crère

o lé dos inventions d’sorcres

si tu vux r’gâgner ta lisette

fé pégnitence en l’attendant

le djiable qui y trottedans la taîte

peut la lâcher à tot moument

 

j’ai fé l’voyage de treize septiers

jusqu’à la rabât’lère à pied

quand tu m’é revenue tote hontouse

y étas dejà ré accoubié

avec Germaine la p’tite bouétouse

la feille cadette à nout taupier

quand y é mis l’pied dans la mélasse

as tu songé à tcho dicton

qui va à la chasse perd sa piace

t’arrives trop tard ma pauv, lison

dans l’port bounhur saute à pieds joints

et le r’védra ton Célestin

 

 

 

 

L’amour s’en vient, l’amour s’en va

Moi, qui était gai comme un pinson

Ce dimanche soir, je ne me doutais pas

Qu’elle allait me plaquer la Lison

J’étais si content de voir ma poule

Que je montai  le talus en sifflant.

Aussitôt que l’ai aperçu sa tête

J’ai vu qu’elle me regardait de travers.

Mon cœur battit comme un tambour

En bredouillant quelques mots d’amour

 

Elle était là dans les buissons

Je la trouvai je ne sais pas comment

Toute abêtie toute égarée

Avec des yeux qui roulaient

J ai dit Lison il y a rien de grave?

T’en fait une tête en me regardant

On dirait que le diable est en liberté

Je suis pourtant bien ton galant

Oh qu’elle m’a répondu ne le raconte pas

Je t’ai changé pour Célestin

 

Pour célestin ! est ce que tu es folle

Lisette as-tu bien réfléchi,

Il est vilain comme un corbeau

Tu ne vas pas prendre cet abruti

Je ne dis pas qu il n’a pas des sous, lui

Mais c’est pas ça qui fait le bonheur

Tu seras pas longtemps la marièe

Il t’en fera voir de toutes les couleurs

Et puis il est méchant comme un vieux bouc

Mauvais paysan il est toujours saoul

 

Tais-toi qu’elle m’a dit j’ai mon idée

C’est pas la peine de te plaindre

Tu as peut-être la belle gueule

Mais t’es jamais qu’un pauvre valet

J’ai tourné le dos à ma bergère

puisqu’entre nous c’était fini

et je m’en allais vers la barrière

le cœur bien gros de plus en plus

quand elle m’a crié : Attention !

C’était trop tard j’avais le pied dedans

C’était caché dans le passage

A l’abri d’une grosse touffe d’herbe

Là où les vaches ne vont pas paître

Quelque chose qui ne sentait pas bon

Abandonné en pleine nature

Sans doute par un paysan du coin

Qui avait abusé de la fressure

Le résultat d’un grand besoin

Comme j’avais mal ouvert les yeux.

Ça m’a monté jusqu’à la cheville

Dans ces fougères humides

Où j’ai essuyé mon soulier verni

 

Elles me saignont le cœur toutes ces misères

Mais la fille de garce elle en a ri

Quand elle m’a dit que ça portait chance

C’était pour se ficher de moi

C’est pas facile d’avoir confiance

Je serai du genre de saint Thomas

J’avais déjà vu ce gâchis

Ça m’avais jamais enrichi

 

Ce pur bonheur imaginé

J’en ai parlé à notre curé

Il m’a répondu : faut pas le croire

C’est des inventions de sorcières

Si tu veux regagner ta Lisette

Fait pénitence en l’attendant

Le diable qui lui trotte par la tête

Peut la lâcher à tout moment

 

J’ai fait le voyage de Treize Septiers

Jusqu’à la Rabatelière à pied

Quand tu m’es revenue toute honteuse

J’étais déjà réaccouplé

Aves Germaine la petite boiteuse

La fille cadette de notre taupier

Quand j’ai mis le pied dans la mélasse

As-tu pensé à ce dicton :

Qui va à la chasse perd sa place

T’arrives trop tard ma pauvre Lison

Dans le pur bonheur saute à pieds joints

Et il reviendra ton Célestin

 

 


17/05/2018
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Le lièvre et la tortue

LE LIÈVRE ET LA TORTUE

En patois

Traduction

A la mintaïe d’la Land’pointue

In lèvre, qu’étet assez grous,

V’net d’ parier avec in’ tortue

Toute in’ peun’raïe de becott’s  de choux

Qu’depis l’tét à gorets daux Forges,

Jusqu’à la kia dau champs dau Quart,

Maème en partant deùs hur’s pus tard,

L’ gagn’ret sur lé in hur’ d’rloge.

V’la la din la tortue qui s’en va,

Sans prendr’ le temps d’ casser la croute ;

On aret djit in gros luma

Qui s’train-net su l’mitan d’ la route.

Quand a voyet in cocré d’iau,

A feset in détour à drette.

Les draôl’s li foutiont  daux coups d’bot,

Pis li garochiont daux pouèr’s blettes ;

Neutr’ lèvre en riet din sin jabot.

«  Avant qu’a iy sèje arrivaïe,

I ai bé l’temps d’ fair’ la meurionaïe,

Sing et euil, mé auparavant,

I m’en va aller dans l’feurment

Minger d’ la nouaïe et d’ la cernure »

Pis le v’la qui c’mence à trotter

Dans les raizes et dans les foussés.

Enfin quand l’si bé fatchiqué,

L’sé endormi dans in’ fermure.

Et (i) aret dormi kimbé d’ temps

Si l’grous chin nèr d’ la Pod’vinere,

En s’en allant m’ner lés baït’s bouère,

Avet fait moins d’bruit en jappant.

Dés en s’éviant le v’la qui s’gratte,

Pis s’frott’ lés eils avec sa patte ;

I étét s’ment pas r’venu à li

Qu’la souv’nance li vint d’ tcho pari.

Sans prendr’ le temps de r’garder l’hure,

Le v’la qui file à toute allure,

Cope à travers le grand Patchi,

Traveur’s le charao dau Sord’ji,

Pis p’r être moins gein-né sans doute,

S’en va virer sur la grand route ;

I sé bé sûr qu’ dau train qu’ (i) allet,

Jamais les chins l’ariont sivé.

On aret djit à s’n arrivaïe

Qu’l’ sortet dau mitan d’in doué

Tellement  qu’ sa pé étet mouillaïe.

«  Enfin fit la tortue ve v’la !

Ol a pus d’ine hur’  qu’I sé là.

I keuria que v’s étiez malade ;

Dame, i v’na d’ manger in’ salade.

R’gardez lès esseill’s.  P’r en fignir,

V’ voyez qu’o sert à rin d’courir.

Ine autr’ foués, v’ prendrez vos mesures ;

O faut ober quand ol est l’hure. »

 

 

 

A la lisière de la Lande Pointue

Un lièvre, qui était assez gros,

Venait de parier avec une tortue

Tout un panier de pousses de choux

Que depuis la porcherie des Forges

Jusqu’à la barrière des champs du Quart,

Même en partant deux heures plus tard,

Il gagnerait sur elle une heure d’horloge.

Voilà donc la tortue qui s’en va,

Sans prendre le temps de casser la croûte ;

On aurait dit un gros luma (escargot)

Qui se trainait sur le milieu de la route.

Quand elle voyait une flaque d’eau,

Elle faisait un détour à droite.

Les enfants lui donnaient des coups de pied,

Puis lui jetaient des poires blettes ;

Notre lièvre en riait intérieurement.

«  Avant qu’elle soit arrivée,

J’ai bien le temps de faire la sieste

« Sur un œil (*)», mais auparavant,

Je m’en vais aller dans le blé (froment)

Manger de la renouée et de l’agrostis (herbes) »

Puis le voilà qui commence à trotter

Dans les allées et les fossés.

Enfin quand il a été bien fatigué,

Il s’est endormi près d’une barrière.

Et il aurait dormi combien de temps

Si le gros chien noir de la Podevière,

En s’en allant mener les bêtes boire,

Avait fait moins de bruit en aboyant.

Dès qu’il s’éveille, le voilà qui se gratte,

Puis se frotte les yeux avec sa patte ;

Il n’était seulement pas revenu à lui

Que le souvenir lui revint de son pari.

Sans prendre le temps de regarder l’heure,

Le voilà qui file à toute allure,

Coupe à travers le champ du paturage

Traverse le chemin des charrettes des Sordi

Puis, pour être moins gêné sans doute,

S’en va tourner sur la grand’route ;

Je suis bien sûr qu’au train où il allait

Jamais les chiens ne l’auraient suivi.

On aurait dit à son arrivée

Qu’il sortait du milieu du lavoir

Tellement sa peau était mouillée.

«  Enfin fit la tortue  vous voilà !

Il y a plus d’une heure que je suis là.

Je croyais que vous étiez malade ;

Dame, je venais de manger une salade.

Regardez les restes. Pour en finir,

Vous voyez qu’il ne sert à rien de courir.

Une autre fois, vous prendrez vos mesures ;

Il faut y aller quand il est l’heure. »

 

(*) ne dormir que d'un oeil

 

 

 

 


25/02/2018
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La grenouille qui voulait se faire aussi grosse que le boeuf

 

 

La gueurnoille et l’boeu

 

In’malheureus’ gueurnoille d’égaille,

Qu’étet grousse à pein-n’ c’m un luma

Argardet passer in boeu gras

Qui ii paraisset d’in bell’ taille

A djissit : « Q’est o tchett baït’ là?

Mon Djeu ! c’m a det être affligaïe ! »

A-t’ell’ mangé d’la treuf(i)’ mouillaïe ?

Est teurjous bé d’ l’enfiess’ qu’alle a ! »

Ine aotr’ gueurnoille qu’étet pus veille,

Répougnit : « Daux boeus d’ tchette’ bête,

Ol en a bé d’aotr’s dans lés téts ! »

I cré bé qu’ést pouet in’ merveille. »

« Si (i) essaya d’ dev’gnir c’m entre eux,

Fis la pus jenne, i s’ra p’t-êtr’ meux. »

Pis la v’la qui c’mence à s’étendre,

A s’mettr’ de l’ér tout sin piein ventre,

Si bé, si bé qu’ sa pauvre pê

C’mencet à s’ guinfier c’m in botrè.

L’aotr’ djissit : « T’és teurjous bé gueude !

Ta pè tchir’ tant qu’alle en ést reude. »

-S’ret o qu(i) ara bérèd groussi ?

-Nin poet, mé i cré bé qu’ t’és folle.

-Sé-z-i grousse bétout c’m in’ citrôle ?

-T’és s’ment pas grousse c’m la souris

Qu’(i) avins vue hiér dans l’fié d’la R’maîe.

-Sé-z-i pas bétout arrivaïe ?

-Est encor pas peur tchett an-naïe. »

A v’lit s’guinfier encor,

Mé la pé ii tchira si fort

Qu’alle en a keurvé d’affilaïe.

 

 

La grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf

 

Une malheureuse  grenouille de rosée,

Qui était grosse à peine comme un escargot,

Regardait passer un bœuf gras

Qui lui paraissait de belle taille

Elle se dit : « Qu’est ce que c’est cette bête là ?

Mon Dieu ! comme elle doit être handicapée ! »

A-t-elle mangé du trèfle mouillé ?

C’est toujours bien de l’enflure qu’elle a ! »

Une autre grenouille qui était plus vieille,

Répondit :  « des bœufs comme cette bête,

Il y en a bien d’autres dans les étables ! »

Je crois bien que ce n’est pas une merveille. »

« Si j’essayai de devenir comme eux,

Fis la plus jeune, je serai peut-être mieux. »

Puis la voilà qui commence à s’étendre,

A se mettre de l’air plein son ventre.

Si bien, si bien que sa pauvre peau

Commençait à se gonfler comme une baudruche.

L’autre lui dit : « t’est toujours bien repu !

Ta peau s’étire tant qu’elle en devient raide. »

-Serait-il que j’ai beaucoup grossi ?

-Non point, mais je crois bien que tu es folle.

-Suis-je grosse bientôt comme une citrouille ?

- T’est seulement pas grosse comme la souris

Que nous avons vue hier dans la propriété de la Remaîlle

-Suis-je pas bientôt arrivée ?

-C’est encore pas pour cette année. »

Elle voulut se gonfler encore,

Mais la peau se déchira si fort

Qu’elle en a creva aussitôt

 


02/02/2018
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Le loup et l'agneau

LE LOUC ET L’GNA

LE LOUP ET L’AGNEAU

 

In tout p’tchit gna, in gna d’l’an-naïe

Qui v’net à pein-n’ d’étr’ détrié

Buvet à la rouère in’ réciaïe,

A l’imbre d’in grand puplier.

Quand (i) a-t-adju bu d’iau courante,

En tornant la taït’, peur hasard,

L’vit in’ baït’ qu’avet l’ér méchante,

Qui s’ deurset d’’sso in châgn’ tétard.

All’ le regardet avec envie ;

On aret dit qu’étet in chin,

Mé pas keum lés chins d’mouétairie,

(I)Avet lés poels béred’ moins lings.

Etet l’louc. Le v’la qui s’approche.

« C’ment s’fait o, djissit euil au gna,

Qu’tu vins bouèr meun iau so tchett’ roche ?

Savas-tu pas qu’étet à ma ? »

Le p’tchit gna trembiet keum la feille.

« Si (i) ava su qu’o v’ déranget,

Fit euil, (i) ara bu dans la seille ;

Ine autr’ foués i v’ dérang’rai pouet.

-Assez, i vu pas qu’tu m’répindes,

L’an-naïe dérgnér, tu m’as peurtout

Fait passer peur la goule’ dau minde,

Espèc’ de sal’ moutin crottoux !

- I viva pas l’an-naïe dergnère,

 (I) pas pu d’jir dau mal de vous.

-Si èst pas ta ol ést tin frère,

(I) o said bé qu’ve m’en v’lez teurtous.

-I sé tout sul, c’m in’ pauvr’ p’tchit baïte,

(I) ai jamais c’nu gni frèr’ gni sœur.

-Assez ést grand temps qu’ol arraïte.

Est o possib(i)’ d’etr’ si menteur !

Pis, après tout, pas tant d’magnière,

(I)En ai assez d’tés kimpiiments »

Le louc le prend dans sa machouère,

L’l’écrapoutchit entre sés dents.

 

Un tout petit agneau, un agneau de l’année

Qui venait à peine d’être sevré

Buvait à la rivière une fin d’après-midi,

A l’ombre d’un grand peuplier.

Quand il a bu l’eau courante,

En tournant la tête par hasard,

Il vit une bête qui avait l’air méchant,

Qui somnolait sous un chêne têtard

Et le regardait avec envie ;

On aurait dit que c’était un chien,

Mais pas comme un chien de métairie,

Il avait les poils beaucoup moins longs.

C’était le loup. Le voilà qui s’approche.

« Comment que se fait-il, dit-il à l’agneau,

Que tu viens boire mon eau sur ce rocher ?

Ne savais-tu pas qu’elle est à moi ? »

Le petit agneau tremblait comme une feuille.

« Si j’avais su que ça vous dérangeait,

Fit-il, j’aurais bu dans le seau ;

Une autre fois je ne vous dérangerais pas.

-Assez, je ne veux pas que tu me répondes,

L’année dernière, tu as partout

Fais  parler de moi à tout le monde,

Espèce de sale mouton crotteux !

-Je ne vivais pas l’année dernière,

Je n’ai pas pu dire du mal de vous.

-Si c’est pas toi c’est donc ton frère,

Je sais bien que vous m’en voulez tous.

-Je suis tout seul comme une pauvre petite bête,

Je n’ai jamais connu ni frère ni sœur.

-Assez, il est grand temps que ça s’arrête.

Est-il possible d’être si menteur !

Et puis, après tout, pas tant de manières.

J’en ai assez de tes compliments. »

Le loup le prend dans sa mâchoire

Et l’écrase entre ses dents.

 

 


04/11/2017
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Liens internet pour en savoir plus sur le patois

http://www.vendee-annuaire.net/le-patois-vendeen-s1863.html

http://dico.troospeanet.fr/

http://www.lexilogos.com/poitevin_saintongeais_dictionnaire.htm

 


03/11/2017
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le renard et le corbeau

 

 

 

 


31/10/2017
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Le patois notre langue

Petites histoires en patois:

Autrefois La Tranche vous proposera périodiquement une nouvelle histoire en patois avec sa traduction.

 

 

 


30/10/2017
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