Autrefois la Tranche

Autrefois la Tranche

Le porte bonheur

Histoire en patois vendéen (traduite)

 

 

 

 

 

 

 

L’amour s’en vint l’amour s’en vâ

mâqu’étas gai comme un pinson

tcho djimanche sér, y m doutas pas

qu’a l’allet m’piaquer’la lison

y étas si content d’ouère ma poule

qu’y monta l’charreau en subiant

sitout qu’yai apeurçu sa goule

j’ai vu qu’a m’argardet pas bianc

mon tcheur battchit comme un tambour

en beurdeillant tchuques mots d’amour

 

a l’étet là dans la beurrouaie

y la trouvas : y sé pas k’ment,

tote assotchie tote égaraîe

avec dod eils tchi pirouettiant

j’ai djit lison ô l’a ren d’grave

t’en fé ine taîte en m’argardant

o djiret que l’djiabe é d’épave

ysé peurtant bé ton galant

oh! qu’a m’répond fé pas l’potin

y t’é changé peur ceulestin

 

peur célestin ! é t ô qu’té folle

lisette as tu bé réfléchi,

l’é vilain l’é dji comme ine grolle

tu vas poué prendr ‘tchett adlesi

y djis pas qu’ l’a pas dos bouéss, laies

mais é pas tcheu qui fé l’bourhur

tu s’ras poué longtemps la mariaîe

le t’en f’ra ouère totes les coulurs

pis, l’é meuchant comme un viux bouc

mouvais pésan l’é teurjou souc

 

tése te qu’a m’djit, y é mon idaîe

é pas la peine de t’démaler

t’as p’t’être la goûle bien affilaîe

mais t’é jamais qu’un pauv, vâlet

y é tourné l’ tchû à ma beurgère

pisqu’enteur nous étet figni

et j’m’en allas vers la barrére

le tcheur bé grous, tot à châp’tit

lquant a m a crié atten ssian !

étet trop tard j’avas l’pied d’dans

o l’etet motté dans la cheître

a l’abri d’ine grousse penne d’éjan

avour qu’lés vaches alliant poué paître

tchuque chouse qui sentet poué à ban

abandounné en pienne nature

sans doute peur un pésan do coin

tchavet abusé d’la fréssure

tcho résultat d’un grand besoin

comme j’avas mal ouvert lés eils

o m’a monté à la cheveuille

o guenasset danstchés fougères

ou y éssuas mon souillre veurnis

 

a m’saignant l’tcheur totes tchés misères

mais : la fi d’vesse a l’en a ri

quant a m’a djit qu’ô portet chance

etet ô peur se fout, da mâ

e pas ésé d’avouère confiance

y s’rais do genre à saint Thomas

y avas déjà vu tchô gâchis

o m’avet jamais enrichi

 

tchô port, bounhur imaginéré

y en ai parlé à nout tchuré

le m’a répond : faut pas y crère

o lé dos inventions d’sorcres

si tu vux r’gâgner ta lisette

fé pégnitence en l’attendant

le djiable qui y trottedans la taîte

peut la lâcher à tot moument

 

j’ai fé l’voyage de treize septiers

jusqu’à la rabât’lère à pied

quand tu m’é revenue tote hontouse

y étas dejà ré accoubié

avec Germaine la p’tite bouétouse

la feille cadette à nout taupier

quand y é mis l’pied dans la mélasse

as tu songé à tcho dicton

qui va à la chasse perd sa piace

t’arrives trop tard ma pauv, lison

dans l’port bounhur saute à pieds joints

et le r’védra ton Célestin

 

 

 

 

L’amour s’en vient, l’amour s’en va

Moi, qui était gai comme un pinson

Ce dimanche soir, je ne me doutais pas

Qu’elle allait me plaquer la Lison

J’étais si content de voir ma poule

Que je montai  le talus en sifflant.

Aussitôt que l’ai aperçu sa tête

J’ai vu qu’elle me regardait de travers.

Mon cœur battit comme un tambour

En bredouillant quelques mots d’amour

 

Elle était là dans les buissons

Je la trouvai je ne sais pas comment

Toute abêtie toute égarée

Avec des yeux qui roulaient

J ai dit Lison il y a rien de grave?

T’en fait une tête en me regardant

On dirait que le diable est en liberté

Je suis pourtant bien ton galant

Oh qu’elle m’a répondu ne le raconte pas

Je t’ai changé pour Célestin

 

Pour célestin ! est ce que tu es folle

Lisette as-tu bien réfléchi,

Il est vilain comme un corbeau

Tu ne vas pas prendre cet abruti

Je ne dis pas qu il n’a pas des sous, lui

Mais c’est pas ça qui fait le bonheur

Tu seras pas longtemps la marièe

Il t’en fera voir de toutes les couleurs

Et puis il est méchant comme un vieux bouc

Mauvais paysan il est toujours saoul

 

Tais-toi qu’elle m’a dit j’ai mon idée

C’est pas la peine de te plaindre

Tu as peut-être la belle gueule

Mais t’es jamais qu’un pauvre valet

J’ai tourné le dos à ma bergère

puisqu’entre nous c’était fini

et je m’en allais vers la barrière

le cœur bien gros de plus en plus

quand elle m’a crié : Attention !

C’était trop tard j’avais le pied dedans

C’était caché dans le passage

A l’abri d’une grosse touffe d’herbe

Là où les vaches ne vont pas paître

Quelque chose qui ne sentait pas bon

Abandonné en pleine nature

Sans doute par un paysan du coin

Qui avait abusé de la fressure

Le résultat d’un grand besoin

Comme j’avais mal ouvert les yeux.

Ça m’a monté jusqu’à la cheville

Dans ces fougères humides

Où j’ai essuyé mon soulier verni

 

Elles me saignont le cœur toutes ces misères

Mais la fille de garce elle en a ri

Quand elle m’a dit que ça portait chance

C’était pour se ficher de moi

C’est pas facile d’avoir confiance

Je serai du genre de saint Thomas

J’avais déjà vu ce gâchis

Ça m’avais jamais enrichi

 

Ce pur bonheur imaginé

J’en ai parlé à notre curé

Il m’a répondu : faut pas le croire

C’est des inventions de sorcières

Si tu veux regagner ta Lisette

Fait pénitence en l’attendant

Le diable qui lui trotte par la tête

Peut la lâcher à tout moment

 

J’ai fait le voyage de Treize Septiers

Jusqu’à la Rabatelière à pied

Quand tu m’es revenue toute honteuse

J’étais déjà réaccouplé

Aves Germaine la petite boiteuse

La fille cadette de notre taupier

Quand j’ai mis le pied dans la mélasse

As-tu pensé à ce dicton :

Qui va à la chasse perd sa place

T’arrives trop tard ma pauvre Lison

Dans le pur bonheur saute à pieds joints

Et il reviendra ton Célestin

 

 



17/05/2018
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