Autrefois la Tranche

Autrefois la Tranche

La laitière et le pot au lait

La laitière

 

La latchère et l’pot au lait

 

La boun’ femm’ Simounelle, en allant au marché

Emportet su sa taïte in grand pot à tchir’-vache

Quasiment tout plein d’lait.

Asture, o faut qui tâche,

Singe t’ell’, d’ fair’ bén attenciin

D’ pas renveurser tcho lait en ch’min.

Quaqu’ la boun’ femme étet coquette,

Alle avet sés veill’s talounettes,

A cause s’ trouvet bérèd’ meux

Qu’ dans sés bots neus.

A singet en marchant : « I gard’rai pouet en piace

L’argent qu’i f’rai d’ min lait ;

I ach’t’rai daux oeus pour couer ;

Més voisin’s i lés c’neu, m’ prêt’ront bé lus poules couasses.

O fait d’ main-m’ qu’ i arai daux poulets ;

Pis, quand l’ s’ront bins à prendre,

Ma foi, i érai lés vendre.

Si  o s’ trouve étr’ din l’ bin moument

Et pis qu’ i en faije assez d’argent,

I ach’trai in m’er’ gorette

Et pis, quand a s’ra prête,

I ii f’rai fair’ daux p’tchits gorets

Qu’I m’en érai  vendre aux Herbiers,

Dés que l’ s’ront  bins à détrier.

Putout que d’ l’aouère  à rin faire,

En maim-m’ i vendrai la mèr’ ;

O s’ra teurjous bé l’ diab’ pendu

Si i en r’tchir’ pas huit cents étchus.

Avec tout tchell’ argent daux p’tchits  pis d’ la gorette,

I érai din à la foire et i ach’t’rai in’ vache brette

Avec sin p’tchit bodet ;

Pis quand i l’ détach’rins peur l’envoyer téter,

I le r’garderai courir et sauter peur le tet. »

V’la neutr’ femm’ si kintent’ qi’alle en saote aussi lé.

Mé bouné gens, in malhur ést bé s’tout arrivé ;

V’la-t-o pas que l’ pot d’lait qu’alle avet su la taïte

S’  renveurse tout enter’ su l’mitan d’ la banquette.

Dam’, de tcho coup o sit bé tout in mincè ;

O neyit tout dans l’ lait : les poules couasses, la gorette,

Lés poulets, lés gorets, l’ bodet, pis la vach’ brette,

Alle en aret braillé. Et pis que faire, après ?

S’en r’tourner ? V’ parlez bé ! Keuriez-vous qu’alle étet fière ?

Alle avet bé raisin d’ s’intchèter peur sa pè,

A cause a singet bé que l’bouhomm’ Simounè

O prendret pouet d’ la boun’ magnère.

 

 

 

La laitière et le pot au lait

 

La bonne femme Simounelle, en allant au marché,

Emportait sur sa tête un grand pot à traire les vaches

Quasiment tout plein de lait.

Maintenant, il faut que je tâche

Songea t'elle, de faire bien attention

De ne pas renverser ce lait en chemin.

Quoique la bonne femme était coquette,

Elle avait ses vieux sabots (à dessus de cuir),

Parce qu’elle se trouvait beaucoup mieux dedans

Que dans ses sabots neufs.

Elle songeait en marchant : «  Je ne garderai pas

L’argent que je me ferai de mon lait;

J’achèterai des œufs pour couver;

Mes voisines, je les connais, me prêteront bien leurs poules couveuses.

Ça fera ainsi que j’aurai des poulets,

Puis, quand ils seront bons à prendre

Ma foi, j’irai les vendre.

Si ça se trouve être dans la bonne période

Et que je fasse assez d’argent,

J’achèterai une mère cochonne (truie)

Et puis, quand elle sera prête,

Je lui ferai faire des petits cochons

Que je m’en irai vendre aux Herbiers,

Dès ils seront bien sevrés.

Plutôt que de la voir à ne rien faire,

De même je vendrai la mère ;

Ce sera bien le diable pendu

Si je n’en retire pas huit cents écus.

Avec tout cet argent des petits et de la cochonne,

J’irai donc à la foire et achèterai une vache laitière

Avec son petit veau ;

Puis quand je le détacherai pour l’envoyer téter,

Je le regarderai courir et sauter pour la tétée. »

Voilà notre femme si contente qu’elle en saute elle aussi.

Mes bonnes gens, un malheur est bientôt arrivé ;

Voilà t’il pas  que le pot de lait qu’elle avait sut la tête

Se renverse tout entier sur le milieu de la route.

Dame, de ce coup comme dans un tas

Ça a tout noyé dans le lait : les poules couveuses, la truie,

Les poulets, les petits cochons, le veau, puis la vache laitière,

Elle en aurait pleuré. Et puis que faire après ça ?

S’en retourner ? Vous parlez bien ! Croyez-vous qu’elle était fière ?

Elle avait bien raison de s’inquiéter pour sa peau,

Parce qu’elle pensait bien que le bonhomme Simonet

Le prendrai  mal (pas de la bonne manière)

 

 

Fables en parler vendéen - Eugène Charier Éditions Sodirel

Rédaction et traduction Jean Pierre Bouchet 6-2020



28/03/2020
1 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 119 autres membres