Autrefois la Tranche

Autrefois la Tranche

Le loup et la cigogne

LE LOUP ET LA CIGOGNE

 

L’louc et la Cigogne

Dans in champ, pas bé loin d’ la kia,

In louc, qui v’net d’manger ine oueille,

L’avet trouvé si boun’, ma foi,

Qu’ i en avet djèr’ léssé d’esseilles.

Adjit euii ine indjigesciin ?

V’lit o pas tout t’nir dans sin ventre ?

Est teurjous bé qu’ neutr’ louc enfin

Huet keum si i avet v’lu rendre ;

Pis v’la-t-o tchel animao

Qui s’mit à gueuler c’m in’ baït soule ;

Si ést d’ qua qu’ i avet dans la goule,

Est sûr qu’o d’vet li fair’ grand mao.

« Qu’est-o qu’ol ést tchette baït’ qui grogne,

Est a qu’o crie à l’assassin ? »

Singet en lé-main-me in’ cigogne

Qui bouillitet peur le bouéssin,

« O faut bé qu’i ouéj tchett’ figure. »

Pis la v’la qu’i enjamb’ la feurmure.

« S’ret o que v’s ariez quuq’in d’mort,

Fit-ell’, qu’ ve v’ demalez si fort ? »

-Mon Djeu ! si v’saviez que supiice !

Dans la gorg’ i ai in morcè d’ous,

I pens qu’i ést enfincé c’m in kiou ;

Si ve v ‘lez m’rendre in grand service,

I v’s en supplie, arrachez m’lou ;

I v’ peurmets in’ belle r’kimpense.

- Est pas qu’i pé pas i essayer,

Mé i v’peurmets pas d’ l’arracher.

En tout cas manquez pas d’patience,

O pourret p’t-êtr’ bé v’ fair’ gueuler.

Ovrez la goul’ tant que v’pourrez,

Rentrez les deux badigoules

Peur qu’’i ouèj’ le pus kier possibie.

I o cré d’ main-me qu’o det êtr’ terribie

I ai apeurcé bé tcho morcé d’ous ;

Ah ! l’ det bé v’chatoiller la goule !

Pensez din, d’ qua qu’est aussi grous,

I djira bé c’m in’ patt’ de poule.

Penchéz-v’ pas trop peur le moument ;

Deursez-v’ su vos deux patt’s d’ dvant,

Méfiez-v’, i m’en va burguer d’ddans. »

Keum si a i étet habituaïe,

D’in grand coup d’ bec, a burgu’ dans l’ous

Ychire à lé et, dau peurmer coup,

V’la qu’all l’arrach’ din bout en bout.

L’louc en poussit in’ bell’ goulaïe.

« V’ voyez i o-z-ai fait d’affilaïe ;

Astur’, p’r enl’ver l’infièmaciin,

V’ iy f’rez un pâtè d’grain-n’ de lin ;

Mé avant qu’i men ange, i pense,

Que v’s allez m’ douner ma r’kimpense.

-Ine r’kimpense à daux ousès ?

Tu trouv’s qu’ol ést pas déjà bé

D’ten aller avec tout’ ta pé !

Est-o pâs in’ bell’ r’kimpense ?

Tu pés djir’ que t’en as d’ la chance

D’enl’ver tin bec d’ la goul’ dau louc.

Tu sais qu’i sé pas encor souc,

Enkimbre pas trop ma présence ;

I t’en djis pas pus ling p’r anet. »

A s’o-z-ést pouet fait djir’ deux foués.

 

 

 

Le loup et la cigogne

Dans un champ, pas loin de la barrière,

Un loup, qui venait de manger un mouton,

Il l’avait trouvé si bon, ma foi,

Qu’il en avait guère laissé de restes.

A-t-il eu une indigestion ?

Tout ne voulait  pas tenir dans son ventre ?

Voilà toujours bien que notre loup enfin

Eut des haut-le-cœur comme s’il avait voulu rendre ;

Puis voilà que cet animal

Qui se mit à gueuler comme une bête soule ;

Si c’est ce quoi il avait dans la gueule,

C’est sûr que ça devait lui faire grand mal.

« Qu’est-ce c’est cette bête qui grogne,

Est-il qu’on crie à l’assassin ? »

Pensait en elle-même une cigogne

Qui l’observait à travers un buisson,

« Il faut bien que je vois cette scène. »

Puis la voilà qui enjambe la clôture.

«Serait-il que vous auriez quelqu’un de mort,

Fit-elle, que vous gémissez si fort ? »

-Mon Dieu ! Si vous saviez quel supplice !

Dans la gorge j’ai un morceau d’os,

Je pense qu’il est enfoncé comme un clou ;

Si vous voulez me rendre un grand service,

Je vous en supplie, arrachez-le moi ;

Je vous promets une belle récompense.

-C’est pas que je peux pas essayer,
mais je ne vous promets pas de l’arracher.

En tout cas, ne manquez pas de patience,

Ça pourrait peut-être vous faire gueuler.

Ouvrez la gueule tant que vous pourrez,

Rentrez les deux babines

Pour que je vois le plus clair possible.

Je crois  même que ça doit être terrible

J’ai bien aperçu le morceau d’os ;

Ah ! Il doit bien vous chatouiller la gorge !

Pensez donc, c’est qu’il est assez gros,

On dirait bien comme une patte de poule.

Penchez-vous pas trop pour le moment ;

Dressez-vous sur vos deux pattes de devant,

Méfiez-vous, je m’en vais taper dedans. »

Comme si elle était habituée,

D’un grand coup de bec, elle a tapé dans l’os

Il s’en est allé, et du premier coup,

Voilà qu’elle le sort tout entier.

Le loup poussa un bel hurlement.

« Vous voyez je l’ai fait à la suite ;

Maintenant pour enlever l’inflammation,

Vous ferez un emplâtre de graines de lin ;

Mais avant que je m’en aille, je pense,

Que vous allez me donner ma récompense.

-Une récompense à des oiseaux ?

Tu trouves que c’est pas déjà bien

De t’en aller avec toute ta peau !

N’est-ce pas une belle récompense ?

Tu peux dire que tu en as de la chance

D’enlever ton bec de la gueule du loup.

Tu sais que je ne suis pas encore rassasié,

N’encombre pas trop ma présence ;

Je ne t’en dis pas plus long pour aujourd’hui. »

Elle ne se l’est pas fait dire deux fois.

 

 

Fables_de_La_Fontaine_-_03-09_

 

Fables en parler vendéen  Eugène Charier - éditions Sodirel

Rédaction et traduction Jean-Pierre Bouchet

 

 



24/10/2020
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