Autrefois la Tranche

Autrefois la Tranche

Le roujhe gorjhe

Conte - Le roujhe gorjhe 

 

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Al étét bé megnoune la petite Éma, avéc sun nàes en trunpéte é sés petits ells brticllants ; mé vela, al avét pa oghu de chance den sa jhéne vie. Sés parents étiant pa riches, é la petite Éma avét étai pllaçàie chanbrére dés sés uit ans ché daus grous prpriétaeres çhi la traetiant queme in chén… si n-un pet dire, pasqu’i queneù daus chéns çhi sant pu benaeses que lai… A béle annàie, la paure draulàesse étét au chanp lés oes, é lés perots toute la grand jhornàie, avéc pa grand chouse a ménjhàe, ine poume, dau pén séc pu dur que la tàete au chén, çheùques cops in petit réchtant de frmajhe ou bé in calàe… Au sàe ine soupe si la patroune trouvét rén a redire su lai ! Bén entendu, o felét pa pérdre ine segunde : de mae de gardàe sés bétiàus, o felét qu’a broche daus chauces é daus chaucétes avec cénc broches. La brocherie, ol ét déjha ine ouvrajhe pa aesàie quant un ét assit mé lai al étét casiment trjhou debout, a survéllàe lés oes é lés perots pr pa que le mucissiant den lés chanps daus voesins. Souent, o y avét in petit osea çhi s’aprchét de lai, in petit osea tout gris, l’ell vif, é çhi pipituét jhentiment en la segant prtout.
 Quement que tu t’apeles tàe mun paure petit tout gris ? qu’a li desét.
 I ae pa de num, pasque prsoune me vet, i sé tout gris queme l’àer dau tenp.
 Mén, i m’apele Éma ; tu vaus pa me chantàe çheùque chouse ?
 Si fét ! Si fét ! o me fét pllési ! Le se jhuchét su ine branche a ras de lai, é le se métét a tituitàe dau meù que le pevét. A çhés mouments, le tenp durét pa a Éma. Çhau petit Tout-Gris venét présque touts lés jhours la vere. Lai, a li racuntét sa vie, sés paenes, sés revirements, sés rajhes, pi atou sun pllési quant a revenét de vere sa famille, a daus fés. O fasét ine vrae paere d’amis. Ine matinàie, Éma velit enpaechàe lés perots de muçàe den lés bllais ; a galopit, a chesit é s’éralit la mén, é l’aghulle de sa brocherie li travrsit le dét. Quant a velit pr se relevàe, la tàete li virounét, a recheùsit ébafàie é pérdit sa queneùssence. Quand a revenit a lai, le petit osea étét su sun dét bllaessai, é avéc sun béc, sen li faere de màu, le li avét enlevai l’aghulle, l’avét pensai l’éralure. Le picocét tout cha petit lés goutes de sang çhi réchtiant. É lés pllumes de sun jhabot aviant pris la couleùr roujhe.
 Mun paure petit Tout-Gris, te vela de la couleùr dau sang avoure, i t’apelerae Roujhe Gorjhe ! Pisqu’ol ét queme çheù. Çhau num li at trjhou rechtai : Roujhe Gorjhe Le dét a Éma at vite gari, é a devenit d’ine grande abiléce pr la brocherie. Al en brochit tant de chàuces é daus chaucétes tant béles é tant fines qu’au chatea, la raene aprnit l’afaere, qu’al la fasit veni pr faere lés chauces daus prénçaeces é lés ouvrajhes de brocheries lés pu fines. . O fàut vous dire que noutre drolàesse d’Éma devenit si béle en grandzissant que le fall au roa la remarquit é in jhour, la demandit en mariajhe ! Au jhour d’aneùt, quant la raene Éma se prmene den lés jhardins de sun chatea, avéc sés petits enfants, le petit Roujhe Gorjhe vént core la segre é le chante en sautrllant d’ine branche su l’àutre : Petit osea d’or é d’arjhent Ta mére t’apele au bout dau chanp Pr te faere boere le lét callai Que le sourit at barbotai Pendant deùs eùres de tenp Petit osea va t’en. Tirelititi mun cunte ét fini.

 

 

Traduction :

 

Elle était bien mignonne la petite Emma avec son nez en trompette et ses petits yeux scintillants, mais voilà elle n'avait pas beaucoup de chance dans sa jeune vie. Ses parents n'étaient pas riches et la petite Emma avait été placée servante dès ses huit ans chez de gros propriétaires qui la traitaient comme un chien si l'on peut dire car je connais des chiens qui sont mieux traités qu'elle. Une belle année, la pauvre drolesse était aux champs près des oies et des dindons toute la grande journée avec pas grand'chose à manger, une pomme, du pain sec plus dur que la tête du chien, quelquefois des restes de fromage ou bien une noix. Au soir, une soupe si la patronne ne trouvait rien à dire sur elle!

Bien entendu, il ne fallait pas perdre une seconde : de plus à garder ses bêtes, il fallait qu'elle tricote des bas et des chaussettes avec cinq aiguilles. Le tricot c'est déjà un ouvrage pas facile quand on est assis mais elle, elle était quasiment toujours debout à surveiller les oies et les dindons pour ne pas qu'ils passent dans le champ des voisins. Souvent, il y avait un petit oiseau qui s'approchait d'elle, un petit oiseau tout gris, l'oeil vif, et qui pépiait gentiment en la suivant partout.

Comment tu t'appelles toi mon pauvre petit tout gris? qu'elle lui disait.

J'ai pas de nom, parce que personne ne me veut, je suis tout gris comme l'air du temps.

Moi, je m'appelle Emma; tu veux pas me chanter quelque chose?

Si fait! si fait! ça me fait plaisir! Il se perchait sur une branche tout près d'elle et se mettait à siffler du mieux qu'il pouvait. Dans ces moments, le temps ne lui durait pas à Emma. Ce petit Tout-Gris venait presque tous les jours la voir. Elle, elle lui racontait sa vie ses peines, ses révoltes, ses colères puis aussi son plaisir quand elle revenait de voir sa famille bien des fois. Ça faisait une vraie paire d'amis. Un matin, Emma voulut empêcher les dindons de passer dans les blés, elle courut, elle tomba, se blessa la main, et l'aiguille de son tricot lui traversa le doigt. Quand elle voulut se relever, la tête lui tourna elle retomba essouflée et perdit connaissance.

Quand elle revint à elle, le petit oiseau était sur son doigt blessé et avec son bec, sans lui faire de mal, il lui enlevé l'aiguille et pansé la déchirure. Il picorait petit à petit les gouttes de sang qui restaient. Et les plumes de son jabot prirent une couleur rouge.

Mon pauvre petit Tout-Gris te voilà de la couleur du sang maintenant. Je t'appellerai rouge-gorge!

puisque c'est comme ça. Ce nom lui est toujours resté: Rouge-Gorge. Le doigt d'Emma fut vite guéri et elle devint d'une grande habileté au tricot. Elle tricota tant de bas et de chausettes si belles et si fines qu'au château, la reine apprenant l'affaire, elle la fit venir pour faire les bas des princesses et les ouvrages de tricot les plus fins.

Il faut vous dire que notre drolesse d'Emma devint si belle en grandissant que le fils du roi la remarqua et un jour la demanda en mariage!

Au jour d'aujourd'hui, quand la reine Emma se promène dans les jardins de son château avec ses petits enfants le petit rouge-gorge vient encore la suivre et il chante en sautillant d'une branche à l'autre:

-Petit oiseau d'or et d'argent,

-Ta mère t'appelle au bout du champ

-Pour te faire boire le lait caillé

-Que la souris à barbotté.

-Pendant des heures de temps,

-Petit oiseau va t'en.

Tirelititi mon conte est fini.

 

 

Notes

Ce conte, écrit par Maryvonne Barillot, a été publié dans son recueil de contes traditionnels et de création, Des contes comme je les dis (Geste éditions, 2007). On en trouvera une autre version dans le CD Paroles du Mellois (UPCP-Geste éditions).

 

Traduction: Jean-Pierre Bouchet ALT - 2-2021

 



13/02/2021
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