Autrefois la Tranche

Autrefois la Tranche

La légende de La Tranche

La légende de La Tranche par l'Abbé du Bernard Ferdinand Baudry - 1862

 

 

La Tranche n’était primitivement assise que sur l’extrémité de la langue de terre mentionnée à l’article de Longeville, laquelle était baignée par deux mers.

Aujourd’hui, la langue de terre, couverte de sable, se trouve enclavée entre un marais fertile au nord et l’océan qui l’a plus d’une fois submergée au sud. L’emplacement de l’église Saint Nicolas où Savary de Mauléon fit bénir son mariage au commencement du XIIIe  siècle, d’après une charte dont l’original existe aux archives de Napoléon-Vendée, est actuellement à un kilomètre en mer. (1)(2)

 

La Tranche dans ces conditions n’a pu conserver de monuments celtiques ; elle n’a gardé que les traditions qui sont un écho affaibli des croyances païennes.

On y parle d’un célèbre sorcier qui, après avoir cueilli un peu de mousse à minuit, à la porte du cimetière, était emporté comme un éclair à l’île de Ré, monté sur un cheval  blanc (3). Il revenait dans le même équipage et avec une telle rapidité qu’il ne faisait qu’effleurer l’onde amère, et que les arbres du continent s’inclinaient ou se brisaient à l’approche du coursier.

Les sorciers tiennent le sabbat sur les bords de la mer à l’anse dite « Coin du Maupas », et se mettent en communication avec ceux de l’île de Ré. Ils le tiennent aussi à la croisée des « Bourbes » entre le bourg et le village de La Terrière.

Un marchand de lunettes de la Gascogne, passant par là à l’heure de minuit fut témoin de ce spectacle. Blotti dans un bouquet de verdure que l’on montre encore, il fut forcé d’attendre le retour de la lumière pour continuer sa route. Arrivé au chef-lieu, quel ne fut pas son étonnement, lorsqu’il entendit  deux enfants s’écrier à son aspect : « Ah ! Voilà l’homme que nous avons vu cette nuit au sabbat ! »

 

A la Tranche, les enfants sont admis au sabbat ; mais il faut pour cela, qu’à l’heure dite, ils s’écorchent la main avec leurs ongles et qu’ils fassent couler le sang. En d’autres pays, on doit s’oindre avec de la graisse d’enfant. Deux jeunes gens, entraînés par leurs camarades, que le sabbat est une réunion monstrueuse d’hommes et de bêtes qui dansent, qui  folâtrent  et poussent des cris à faire dresser les cheveux sur le tête. L’un d’eux, âgé seulement de quatorze ans, couchant au temps de la moisson dans une grange de la commune du Bernard, avec des glaneuses de La Tranche, avouait un matin, au retour d’un sabbat qui l’avait horriblement fatigué, que le malin esprit l’avait précédé, comme de coutume et,  qu’avant les danses et le repas, tous les initiés lui avaient embrassé le derrière. Tous les livres écrits depuis trois siècles sur le sabbat nous parlent de cet hommage rendu au président qui prend, d’habitude, la forme d’un bouc.

L’origine du sabbat est très ancienne. Les uns la font remonter jusqu’à un certain Sanasius, disciple d’Orphée, qui lui aurait donné son nom. La source de ces orgies, suivant les autres, à pris naissance dans les bacchanales où l’on invoquait Bacchus en criant « Saboé ». Plusieurs prétendent  qu’il tire son nom du sabbat des juifs, et cela avec d’autan plus de raison, qu’il a lieu les nuits qui précèdent le jeudi et le samedi, et que l’on voit plus d’un juif dans l’histoire de la sorcellerie, condamné à être pendu par suite de sabbats nocturnes, où l’on perçait des hosties et où l’on immolait les petits enfants.

 

Un dernier mot sur La Tranche ; il est impossible de calculer le nombre d’êtres, même inanimés, sur lesquels les sorciers ont jeté des sorts. Nous n’en citerons qu’un exemple : le devin, pour guérir une femme malade, avait appliqué sur sa poitrine, un certain nombre de feuilles de sabine (4) avec ordre de les brûler, à onze heures du soir, dans la cheminée avec une branche de sarment ; au moment  où s’accomplissaient cette mystérieuse opération, les portes fermées à double verrou, un cousin, qui passait pour sorcier, apparaît soudain au milieu de l’appartement. Mal accueilli par la pauvre malade, il prend le fusil du mari, sort à la porte, le décharge en plein air, le retourne à sa place et disparait. Le fusil, ensorcelé, n’a jamais pu fonctionner depuis. Il a fallu le briser en morceaux et en vendre les débris. Le maître du fusil, âgé alors qu’il est de 86 ans, disait à son curé en lui racontant cette histoire : « Mon bon Monsieur le Curé, j’aime bien le Bon Dieu, et je dis tous les jours le chapelet pour le salut de mon âme, mais s’il est défendu de croire aux sorciers, je n’irai jamais dans le paradis. »

 

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  • (1) - On raconte, à l’occasion de la submersion de La Tranche, qu’un homme de cette localité ayant refusé de condescendre aux désirs coupables de la dame du château de Moricq, dont il était le tenancier, fut averti en songe la nuit suivante , en récompense de sa vertu, du malheur qui allait fondre sur La Tranche et qu’il n’eut que le temps nécessaire de prévenir son curé et de sauver avec lui le mobilier le plus précieux de l’église.
  • (2) - Cette légende est sans doute à la base de la croyance d’une église sur le rocher de l’Aunis dont aucune preuve n’atteste l’existence.
  • (3) - Cette anecdote n’est pas sans rappeler une autre légende : « Le cheval Malet »
  • (4) - Sabine : génévrier rampant dont on utilisait les feuilles très toxiques dans la pharmacopée ou pour des utilisations moins avouables.

 

NB : la plupart des contes vendéens sont avant tout moralisateurs. Il apparait que, presque toujours, la croyance et la réalité sont deux choses bien différentes.

 

Archives départementales 85  -Abbé du Bernard  Ferdinand Baudry- Antiquités celtiques de la Vendée - 1862

 



31/03/2019
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