Autrefois la Tranche

Autrefois la Tranche

Une légende de Vendée

Une légende de Vendée : L'église de Saint Paul-en-Pareds

 

 

Une Église de Vendée entièrement bâtie par une horde de farfadets ?

 

Contrairement à la coutume, l’église de Saint-Paul-en-Pareds se trouve avoir été construite à une distance assez éloignée du bourg, chef-lieu de la paroisse  (le village, du fait de son extension, a aujourd’hui « rejoint » l’église). Cette bizarrerie intrigua vivement les historiens du Bas-Poitou qui en vain cherchèrent et imaginèrent une explication, cependant que l’énigme se dissipait en interrogeant la tradition locale mentionnant l’œuvre de farfadets...


La paroisse de Saint-Paul-en-Pareds est d’origine plus récente que celles qui l’avoisinent : elle dépendait tout d’abord d’Ardelay. Cela durait depuis longtemps, lorsque les habitants du village de Saint-Paul, où l’agglomération se faisait de plus en plus considérable, résolurent d’avoir un curé à eux et une administration spirituelle indépendante.

Il leur fallut songer tout d’abord à construire une église. Chose facile d’ailleurs, car en ce temps-là la main-d’œuvre coûtait peu et, la foi aidant, on pouvait financer une petite cathédrale à bon compte. Tous les gens de Saint-Paul et des métairies voisines s’empressèrent de mettre la main à la pâte, et des charrois de bonne volonté eurent bientôt amené au village trois fois plus de pierres qu’il n’en fallait pour la construction projetée.

 

  

L’église de Saint-Paul-en-Pareds (Vendée)


Mais lorsque, le lendemain matin, les travailleurs arrivèrent au chantier, quelle ne fut pas leur stupéfaction en constatant qu’il ne restait plus trace de ce qu’ils avaient fait la veille ! À l’emplacement des fondations, le terrain était nivelé comme si on y avait passé le rouleau, et toutes les pierres avaient disparu. Aux exclamations poussées par les ouvriers, tout le village se trouva sur pied en un instant et accourut au chantier, où chacun put constater de ses yeux le prodige.Les fondations une fois creusées, tous les maçons du pays se mirent à l’œuvre ; les gros bonnets vinrent taper sur la première pierre et les travailleurs volontaires, mis en train par les libations liées à cette cérémonie, abattirent plus d’ouvrage, dès la première journée, que n’en pourraient accomplir en toute une semaine dix fois autant de nos ouvriers contemporains.

Les langues marchèrent bon train. Or, tandis qu’on s’évertuait, sans pouvoir y réussir, à trouver l’explication de ce mystérieux événement, arriva tout à coup un métayer des environs affirmant avoir vu en monceau, à un kilomètre de là, toutes les pierres amenées la veille au village de Saint-Paul. Tout le monde se transporta aussitôt à l’endroit indiqué, au nord-est du village, et, en effet, on aperçut les pierres en question, entassées les unes sur les autres.

Mais ce n’était pas tout : à quelques toises du tas, des fondations avaient été creusées, puis comblées, et des murs sortaient déjà de terre, juste d’après le plan de l’église projetée. Les gens de Saint-Paul étaient têtus : ils s’en furent chercher leurs charrettes et y chargèrent les pierres pour les ramener au village, où les ouvriers reprirent bravement leur œuvre de la veille.

Mais, le lendemain, c’était à recommencer : plus de pierres, plus de traces de fondations ! Les pierres étaient retournées là-bas, auprès de la construction mystérieuse, et celle-ci, pendant la nuit, s’était déjà élevée de plusieurs pieds.

 

Les farfadets. © Crédit illustration : Nicolaz Le Corre

Les habitants du village ne voulurent point encore se tenir pour battus, et recommencèrent leur manège de la veille. Mais comme à défaut de latin, ils se voyaient menacés d’en perdre la tête, ils s’embusquèrent à distance, le soir venu, afin de surprendre les ouvriers mystérieux qui leur jouaient un si vilain tour. Or, voici ce qu’ils virent et ce qu’ils racontèrent à leurs enfants, dont le témoignage s’est fidèlement transmis jusqu’à nous de génération en génération :

Sur le coup de dix heures, tous les farfadets du pays arrivèrent à la queue leu leu, chacun avec une hotte sur le dos. En un clin d’œil, toutes les hottes furent remplies de pierres et les lutins disparurent pour revenir, quelques instants après, continuer leur opération clandestine. Trois ou quatre tours leur suffirent. A minuit, comme il ne restait plus un seul moellon à enlever, les farfadets piétinèrent le sol et disparurent de nouveau. Les gens qui étaient à l’affût suivirent alors les mystérieux ouvriers jusqu’à leur propre chantier, où le travail de construction ne s’arrêta qu’au lever du jour.

Lutter contre les farfadets était impossible. Aussi les gens de Saint-Paul, ayant la sagesse de le comprendre, renoncèrent-ils au projet qu’ils avaient formé de posséder l’église au milieu du village, et laissèrent le champ libre à leurs concurrents. Ceux-ci, d’ailleurs, firent bien les choses ; car il paraît que la nouvelle église, terminée en moins de trois semaines, excita pendant longtemps la jalousie des paroissiens d’Ardelay, de Saint-Mars-la-Réorthe, et même de la ville des Herbiers.

 

(D’après « La Vendée historique », paru en 1903)

 



23/03/2018
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